HELICOBACTER PYLORI CHEZ LA PERSONNE ÂGÉE : QUI TRAITER, ET COMMENT?
La découverte de lHelicobacter pylori (HP), en 1983, par Warren et Marshall a complètement révolutionné la façon de traiter les pathologies gastro-intestinales. Ainsi, lulcère peptique devint une maladie infectieuse, dans laquelle léradication de lagent causal guérissait la pathologie. Maintenant, lHP est de plus en plus pointé du doigt comme responsable de cancers gastriques et de plusieurs autres problèmes reliés ou non au tractus gastro-intestinal.
Linfection à HP est mondiale, mais sa prévalence varie selon les pays et selon les groupes de population dans chaque pays. Ainsi, on compte actuellement plus de 80 % des adultes infectés dans les pays en voie de développement contre 20 à 50 % des adultes dans les pays industrialisés(1). De plus, il semble que le taux dinfection à HP augmente avec lâge et avec un statut économique bas(2). Cependant, les données sur sa prévalence dans la population gériatrique restent peu importantes. Il semble que le taux dinfection atteigne 60 % des patients âgés asymptomatiques et plus de 70 % des patients âgés avec des maladies du tractus gastro-intestinal haut(4). Aux États-Unis, lors dune étude, seulement 56 % des patients gériatriques hospitalisés pour ulcère peptique ont été testés pour HP et de ceux-ci, seulement 73 % ont été traités(3). Ces données soulèvent plusieurs questions sur le plan clinique, soit qui doit être traité et quel est le régime thérapeutique à adopter?
Étiologie/Pathophysiologie/Diagnostic
LHP est un spirille[1] Gram négatif qui présente une affinité pour lépithélium de lestomac. Normalement, cet épithélium est bien protégé contre les pathogènes infectieux. Cependant, lHP est particulièrement bien adapté à cet environnement. Il possède un arsenal permettant le mouvement et lorientation dans le mucus ainsi que la liaison aux cellules épithéliales avec comme résultat une colonisation persistante et une transmission de proche en proche. Après lingestion, lHP doit éviter lactivité bactéricide de la lumière gastrique et entrer dans la couche de mucus. Pour ce faire, la bactérie produit de luréase qui hydrolyse lurée en CO2 et en ammoniac, ce qui permet sa survie dans le milieu acide de lestomac(1). La motilité étant essentielle pour la colonisation, lHP est pourvu de flagelles adaptées au milieu gastrique. Il se lie aux cellules épithéliales de lestomac grâce à plusieurs protéines dont le BabA, une protéine extra-membranaire(1). Linfection à HP résulte en une inflammation gastrique continue chez pratiquement tous les patients atteints(1). Lépithélium gastrique des personnes infectées présente des niveaux augmentés dinterleukine-1b, dinterleukine-2, dinterleukine-6, dinterleukine-8 et de TNF-a(1). Linfection à HP induit une réponse humorale de la muqueuse ainsi quune réponse systémique. Mais cette production danticorps ne conduit pas à léradication de la bactérie et elle peut même contribuer au dommage tissulaire(1).
Puisque lHP na pas été isolé dans dautres réservoirs que chez lhumain, le mode de transmission le plus plausible est le contact direct dune personne à une autre(5,6). Trois routes sont proposées : iatrogène, fécale-orale et orale-orale(6). La première concerne les patients contaminés par les tubes dendoscopie qui ont été en contact avec un patient infecté. Cette voie est considérée négligeable(6). La deuxième semble la plus probable dans plusieurs pays. On explique que leau contaminée par les fécès propagerait lHP(6). La troisième route est celle par laquelle lHP se propagerait par les sécrétions salivaires. Cette route nest pas considérée comme importante(6). Peu dinformations sont disponibles quant à la transmission du HP mais on sait que la contamination seffectue en bas âge (<7 ans) et quune fois infecté, lhôte le demeurera à moins de recevoir un traitement déradication du HP.
Linfection à HP peut être diagnostiquée par des tests non invasifs ou par une biopsie de la muqueuse gastrique(1). Les tests non invasifs comprennent le test sérologique, le test respiratoire à lurée marquée au carbone 13(13C) et lanalyse des selles(1,7). Le test sérologique est le moins coûteux et le plus utilisé lors du diagnostic initial du HP(1). Il consiste en lidentification danticorps pour le HP. Une fois le patient traité, le test sérologique nest plus valable car les anticorps peuvent demeurer présents pendant des années après léradication. Le test respiratoire à lurée est basé sur lactivité de luréase du HP et présente une sensibilité et une spécificité
à plus de 90 %(1). On doit attendre quatre semaines après la thérapie avant de refaire ce test pour sassurer de léradication(1). Lanalyse des selles consiste en la détection des antigènes HP dans les selles. Cette méthode peut être indiquée pour le suivi après un traitement en sassurant quelle soit exécutée huit semaines après la fin du traitement. Cest aussi une bonne méthode chez les enfants(1,7). Chez la personne âgée, le test non invasif de choix est le test respiratoire à lurée. Il est plus efficace que le test sérologique pour le diagnostic (98 % vs 67 %, p<0,001)(3). Lanalyse de selles chez la personne âgée est moins efficace en raison dun nombre important de faux négatifs, ceci sexpliquant par la fréquence importante de constipation chronique chez la population gériatrique(3). Dans le cas où une endoscopie est effectuée (pour sassurer du diagnostic anatomique), le test de premier choix est le test de luréase sur un spécimen de biopsie. Il est peu coûteux et présente une sensibilité de 79 à 100 % et une spécificité de 92 à 100 %(1).
Ulcère peptique :
Des études cliniques récentes démontrent que 50 à 78 % des personnes âgées présentant un ulcère peptique ont un test de sélection positif pour le HP(3,4). De plus, ces études ont aussi démontré que léradication du HP chez ces patients résulte en une rémission de plus de 95 % des ulcères et en une amélioration des symptômes chez plus de 85 %(3,4). À la lumière de ces informations, il est fortement recommandé de tester et de traiter linfection à HP chez les patients âgés présentant un ulcère peptique.
Atrophie gastrique chronique :
Une étude a révélé que latrophie gastrique chronique avancée peut être améliorée après léradication du HP chez les patients âgées(3). Ainsi, on a vu diminuer le score dinflammation et le score pour la métaplasie intestinale(3). Récemment, des rapports de cas ont rapporté un taux de rémission de 60 à 70 % du lymphome du MALT[2] après léradication du HP et cette rémission est demeurée stable plus dun an(4). Le traitement du HP peut donc être recommandé chez les patients présentant des modifications de la muqueuse gastrique ou de la métaplasie intestinale, les patients ayant subi une résection de cancer gastrique précoce, pour ceux ayant une histoire familiale positive de cancer gastrique ou un maltome gastrique(3,4).
Dyspepsie sans ulcère :
Pour linstant, lefficacité de léradication du HP chez les patients présentant une dyspepsie sans ulcère fait encore lobjet dun débat. Une étude effectuée chez une population gériatrique a démontré une amélioration des symptômes de dyspepsie chez 70 % des patients traités deux mois après léradication(3,4). Cependant, aucune étude na démontré le bénéfice à long terme(4).
Reflux gastro-oesophagien (RGO) :
Aucune association na été établie entre linfection à HP et le RGO chez les personnes âgées. Une étude récente chez les personnes âgées a démontré que la guérison de lsophagite avec un inhibiteur de la pompe à protons (IPP) après deux mois était similaire chez les patients positifs et les patients négatifs à HP(3). De plus, certaines études suggèrent que le RGO peut débuter de novo après léradication de HP chez les patients avec un ulcère peptique(4). Léradication de HP nest pas recommandée demblée chez la population gériatrique avec RGO. Elle est recommandée seulement chez les patients débutant un traitement de suppression dacide à long terme pour le RGO, ceci pour éviter la progression dune atrophie gastrique due à HP(4).
Utilisation danti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS) :
Il est bien démontré que linfection à HP et lutilisation dAINS sont deux facteurs indépendants qui augmentent le risque dulcère peptique et de saignement gastro-intestinal(3,4). En fait, il semblerait que linfection à HP ait un rôle majeur dans le développement dulcère duodénal alors que la prise dAINS aurait un plus grand rôle dans la formation dulcère gastrique(8). Lulcère peptique est rare chez les patient négatifs pour le HP et qui ne prennent pas dAINS(8). Une étude a démontré que léradication de HP avant le début de lutilisation à long terme dun AINS réduit le risque de développer un ulcère de 73 % à deux mois(9). Cependant, chez les patients qui prennent déjà un AINS pour un traitement à long terme, léradication de HP ne réduit pas lincidence datteinte gastro-duodénale(9). De plus, certaines études ont démontré que léradication de HP retarde la guérison des ulcères chez les patients prenant des AINS(8). Toutes ces données contradictoires suggèrent que les patients naïfs aux AINS diffèrent des patients prenant déjà des AINS(9). Chez les personnes âgées, il a été démontré que léradication du HP diminuait le risque dulcère peptique à six mois(3). Toutefois,
il a aussi été démontré que lutilisation dun IPP une fois par jour ou en association avec un AINS réduit le risque de dommage gastro-intestinal à un mois plus efficacement que le traitement du HP(3,4). Ainsi, il ny a pas de preuve claire pour linstant qui supporte léradication du HP chez les personnes âgées qui prennent un AINS à long terme(4).
Patients vivant en foyer dhébergement :
Une étude rapporte que 86 % des patients âgées habitant dans un foyer dhébergement sont positifs pour le HP à 5 ans contre 82 % chez les sujets habitant à la maison (p>0,05)(4). Aucune conduite spéciale nest recommandée présentement dans les foyers pour minimiser la transmission de la bactérie(4).
Maladies extra-digestives :
Plusieurs conditions extra-digestives ont été étudiées en rapport avec linfection au HP, notamment au niveau cardio-vasculaire. On a noté un taux dinfection au HP plus élevé chez les patients ayant eu un infarctus du myocarde que chez les contrôles(2). Leffet de linfection au HP est aussi étudié dans certaines pathologies pulmonaires, neurologiques (AVC), certains problèmes de croissance et dermatologiques(2). Jusqu'à maintenant, la présence de pathologies extra-digestives nest pas une indication pour le test et le traitement du HP(4).
Régimes thérapeutiques
Tableau I : Recommandations pour léradication du HP(10)
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Traitement première ligne |
Durée |
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IPP BID + Clarithromycine
500 mg BID + Amoxicilline 1 g BID |
Minimum de 7 jours |
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IPP BID + Clarithromycine 250 mg BID + Métronidazole 500 mg BID (si all pénicilline) |
Minimum de 7 jours |
Le métronidazole peut être utilisé lorsque les patients présentent une allergie à la pénicilline. Avec ce traitement, les taux déradication varient entre 79,8 % et 88,2 %. Cette trithérapie est le traitement le plus utilisé, mais beaucoup dautres traitements peuvent être envisagés. Le tableau II cite dautres régimes approuvés par lagence américaine (FDA).
De récentes études ont démontré que la diminution des doses dIPP et dantibiotiques chez les personnes âgées ne diminuait pas de façon significative le taux déradication(3). Ainsi, la réduction de la dose de clarithromycine à 250 mg BID en combinaison avec un IPP DIE et lamoxicilline 1 g BID ne changeait pas le taux déradication chez les personnes âgées et permettait de diminuer les effets indésirables, à la différence de la population non-gériatrique, chez qui une diminution de la dose de clarithromycine réduisait lefficacité(3). Dexcellents taux déradication ont aussi été obtenus avec le lansoprazole 30 mg BID, clarithromycine 250 mg BID et le métronidazole 250 mg QID(4). Dans ces études, seulement 5-9 % des patients ont rapporté des effets indésirables et 4 % ont cessé le traitement dû à ces effets(4). Les principaux effets indésirables de la trithérapie sont illustrés dans le tableau III.
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Tableau II : Autres pharmacothérapies approuvées par la FDA(1) |
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Agents utilisés |
Posologie |
Durée de traitement |
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Omeprazole + Clarithromycine |
40 mg PO DIE 500 TID |
X 2 semaines,
puis 20 mg DIE X 2 semaines X 2 semaines |
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Omeprazole ou Lansoprazole + Clarithromycine + Amoxicilline |
20 mg ou 30 mg BID 500 mg BID ou TID 1 g BID |
10 jours 10 jours 10 jours |
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Esomeprazole + Clarithromycine + Amoxicilline |
40 mg DIE 500 mg BID 1 g BID |
10 jours 10 jours 10 jours |
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Ranitidine
bismuth citrate + Clarithromycine |
400 mg BID 500 mg BID ou TID |
4 semaines 2 semaines |
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Subsalicylate de
bismuth + Métronidazole + Tétracycline + Antagoniste récepteurs H2 |
525 mg QID 250 mg QID 500 mg QID |
2 semaines 2 semaines 2 semaines 4 semaines |
Médicament
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Effets indésirables principaux
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IPP |
Céphalée, douleur abdominale, diarrhée |
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Clarithromycine |
Nausée, diarrhée, vomissement, douleur abdominale, flatulence, dyspepsie, altération du goût, céphalée |
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Amoxicilline |
Nausée, vomissement, diarrhée, anorexie, douleur abdominale, hypersensibilité, stomatite |
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Métronidazole |
Nausée, diarrhée, vomissement, douleur épigastrique, dyspepsie, constipation, goût métallique, xérostomie, céphalée, étourdissements, somnolence, leucopénie |
Autre fait intéressant : les comorbidités ninfluenceraient pas le taux déradication de la bactérie, aspect important pour une population gériatrique(3).
En cas déchec au traitement, léradication est à ce moment plus difficile(1). Léchec peut survenir suite à linobservance au traitement ou par le développement de résistances. La stratégie optimale pour la thérapie de deuxième ligne nest pas encore établie, et encore moins chez la population gériatrique(1). Toutefois, il est recommandé de traiter pour une durée de 10 à 14 jours(1). Une alternative suggérée est dutiliser un IPP en combinaison avec trois antibiotiques, incluant une haute dose de métronidazole(1).
Études cliniques
Certaines études ont été effectuées pour tenter de diminuer la durée de traitement. Ainsi, une étude a comparé un traitement de trois jours de quadruple thérapie avec un IPP, versus cinq jours de quadruple thérapie avec un IPP et cinq jours de thérapie avec la ranitidine(12). Le tableau IV illustre les différents régimes.
Tableau IV : Quadruples thérapies(12)
Nom
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Produits
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Durée de traitement
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L5 |
Lansoprazole 30 mg BID + Amoxicilline 1 g BID + Clarithromycine 250 mg BID + Métronidazole 400 mg BID* |
5 jours |
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R5 |
Ranitidine 300 mg BID + Amoxicilline 1 g BID + Clarithromycine 250 mg BID + Métronidazole 400 mg BID* |
5 jours |
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L3 |
Lansoprazole 30 mg BID + Amoxicilline 1 g BID + Clarithromycine 250 mg BID + Métronidazole 400 mg BID* |
Jours 1 à 5 Jours 3 à 5 Jours 3 à 5 Jours 3 à 5 |
*(Note de lauteur:) Étude allemande. Ces données peuvent être extrapolées à nos posologies américaines soit 500 mg bid.
Les taux déradication furent de 89,2 % pour le groupe L5, 88,8 % pour le groupe R5 et 81,2 % dans le groupe L3, les différences étant non significatives(12). Cette étude suggère quil est possible de diminuer la durée de traitement, diminuant ainsi les effets indésirables et les coûts reliés au
HP. Dautres études sont nécessaires pour changer les recommandations étant donné quil sagissait dune étude relativement petite. Les données sont toutefois manquantes pour ce qui est de la population gériatrique.
Conclusion
Il est important de bien clarifier les indications de traitement pour le HP étant donné son importance en clinique. Le HP se traite par une trithérapie comprenant un IPP et deux antibiotiques. La diminution des doses en gériatrie permet de diminuer les effets indésirables en conservant un taux déradication similaire. La diminution des durées de traitement pourrait être aussi efficace et permettrait de diminuer les coûts reliés à cette infection, tout en étant plus intéressant pour le patient. Cependant, il est important de noter que ces régimes ne sont pas approuvés présentement par la FDA ou la DGPS.
Préparé par : Vincent Nadeau, B.Pharm., résident en pharmacie, hôpital St-François dAssise du CHUQ
Révisé par : Patrick Boudreault, B.Pharm, M.Sc. pharmacien, hôpital St-François dAssise du CHUQ et Chrystian Dallaire, MD, gastro-entérologue, hôpital St-François dAssise du CHUQ
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