Les inhibiteurs sélectifs de la COX-2 : mise à jour sur les données dinnocuité.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) traditionnels comptent parmi les médicaments les plus utilisés dans le monde(1). Leur usage est largement répandu auprès des personnes atteintes darthrite ou darthrose, puisquils constituent un élément central de leur approche thérapeutique(2). Toutefois, lutilisation des AINS nest pas dépourvue de toxicité. En effet, le risque de développer une complication au niveau du tractus gastro-intestinal (GI) est un effet indésirable bien connu qui limite leur utilisation(3). Jusquà deux pour cent des utilisateurs dAINS développeront annuellement un ulcère compliqué (ulcère mettant leur vie en danger). Chez les utilisateurs chroniques dAINS, une endoscopie révélera chez 10 à 20 % dentre-eux la présence dulcères au niveau du tractus digestif à un moment ou lautre de leur vie(4).
Alors que les AINS inhibent à la fois la cyclooxygénase-1 (COX-1) et 2 (COX-2), les inhibiteurs sélectifs de la COX-2 (coxibs), comme leur nom lindique, se lient sélectivement à la cyclooxygénase-2(5). La COX-1 joue plusieurs rôles importants dans lorganisme. Elle est entre autre impliquée dans le maintien de lintégrité de la muqueuse digestive, dans lagrégation plaquettaire et dans la régulation hémodynamique rénale. La COX-2, pour sa part, semble majoritairement impliquée dans le processus inflammatoire(6). Les coxibs ont donc été développés dans le but doffrir un traitement ayant le même potentiel analgésique et anti-inflammatoire que les AINS traditionnels via linhibition de la COX-2, et ce, sans entraîner les effets néfastes causés par linhibition de la COX-1. Théoriquement, le profil dinnocuité des coxibs devrait être supérieur à celui des AINS traditionnels.
On compte actuellement sur le marché canadien trois inhibiteurs sélectifs de la COX-2, soit le CelebrexMD (celecoxib),
le VioxxMD (rofecoxib) et le BextraMD (valdecoxib). Bientôt, letoricoxib devrait faire son apparition(7). Depuis leur arrivée sur le marché, les coxibs sont devenus très populaires. Aux Etats-Unis, les ventes depuis 1999 se chiffrent en terme de milliard de dollars US(8). Toutefois, à lheure actuelle, plusieurs controverses existent au sujet de linnocuité et de la sécurité des coxibs sur les plans digestif, cardiovasculaire et rénal.
Sécurité gastro-intestinale
Des études endoscopiques réalisées antérieurement démontrent que les coxibs (celecoxib et rofecoxib) sont associés à un risque moindre dulcère par rapport aux AINS(9,10). Toutefois, limplication clinique des ulcères visibles endoscopiquement ne semble pas nécessairement corréler avec les risques de développer un ulcère symptomatique ou compliqué(11). Des études supplémentaires visant à déterminer spécifiquement la sécurité GI des coxibs à long terme sont requises. Dernièrement, deux études denvergure ont été menées, soit : létude VIGOR (Vioxx Gastrointestinal Outcomes Research) et létude CLASS (Celebrex Long-term Arthritis Safety Study). Les deux études étaient randomisées et menées en double-aveugle(12,13).
Létude VIGOR visait à comparer lincidence des ulcères GI cliniquement importants survenant chez des personnes atteintes darthrite rhumatoïde suite à la prise du rofecoxib à haute dose (50 mg une fois par jour) par rapport au naproxen à dose standard (500 mg deux fois par jour). Les patients utilisant de laspirine ou un autre anti-plaquettaire, de même que les personnes anticoagulées étaient excluent de létude. La prise dune médication anti-ulcère était interdite, sauf la prise danti-H2 aux doses disponibles en médication de vente libre. .Au total, 8076 patients ont été recrutés (rofecoxib n=4047 et naproxen n=4029). Lobjectif principal mesuré, soit la survenue clinique dun événement GI haut (perforation, obstruction, saignement, ulcère symptomatique), a été diminué de façon significative dans le groupe rofecoxib par rapport au naproxen (2.09 vs 4,49 événements par 100 patients-année; RRR 54 %; p<0.001). Ainsi, un événement GI haut sera évité à chaque 41 sujets traités avec le rofecoxib pendant un an par rapport au naproxen. De même, lobjectif secondaire visant à évaluer la survenue dun événement GI haut compliqué (perforation, ulcère, saignement GI majeur) a été plus faible dans le groupe rofecoxib que dans le groupe naproxen (0.59 à 1.37 événements par 100 patients-année; RRR 57 %; p=0.005)(12).
Létude CLASS, pour sa part, comparait la sécurité GI du celecoxib haute dose (400 mg deux fois par jour) au diclofenac (75 mg deux fois par jour) et à libuprofen (800 mg trois fois par jour). Les devis de létude CLASS et VIGOR étaient similaires, mais comportaient quelques différences. Une des différences importantes était la prise interdite daspirine dans létude VIGOR, alors que dans létude CLASS, elle était permise (£ 325mg/jour) en prévention secondaire des maladies
cardiovasculaires (21 % des patients). Comme médication anti-ulcère, seule la prise dun anti-acide sur une courte période de temps était permise. Un total de 7968 patients ont été randomisés (celecoxib n=3987; ibuprofen n=1985; diclofenac n=1996). Aucune différence significative dans le taux de survenue des ulcères compliqués na été constatée entre le celecoxib et les groupes dAINS (0,76 % vs 1,5 %; p=0.09). Toutefois, une diminution de lensemble des ulcères (ulcères compliqués et symptomatiques combinés) a été démontrée dans le groupe celecoxib par rapport aux groupes dAINS (3,54 % vs
2,08 %; p=0,02). Lanalyse par sous groupe suggère également une diminution des ulcères compliqués chez les non utilisateurs daspirine (0.44 % vs 1,27 %; p=0,04)(13).
Létude SUCCESS est une autre des études faites sur le sujet. Celle-ci visait à comparer linnocuité GI du celecoxib (200 ou 400 mg par jour) au diclofenac (100 mg par jour) et au naproxen (1000 mg par jour). Létude comptait 13274 patients atteints dostéoarthrite. Les résultats présentés ont révélé un taux global dulcères (ulcères et ulcères compliqués) significativement plus faible dans le groupe celecoxib (0,32 vs 1,27 par 100 patients-année; RRR 0,25, p<0,006)(14).
Létude VIGOR, CLASS, de même que létude SUCCESS procurent des résultats prometteurs quant au potentiel des coxibs à réduire les risques GI par rapport aux AINS traditionnels. Malgré une différence non significative dans la survenue dulcères compliqués entre le celecoxib et les AINS dans létude CLASS, le celecoxib démontre tout de même une incidence moindre de symptômes GI, dabandon au traitement et dulcères tous types confondus (compliqués et symptomatiques) par rapport aux groupes dAINS traditionnels. De plus, lanalyse des sous-groupes démontre des résultats statistiquement significatifs en faveur du celecoxib chez les non utilisateurs daspirine. Plus détudes sont nécessaires pour évaluer linnocuité GI des coxibs lorsque ceux-ci sont utilisés en concomitance avec laspirine. Il est bien établi que laspirine, même à faible dose, est clairement associée à un risque augmenté dulcère GI, ce qui pourrait diminuer les effets bénéfiques des coxibs(15). Les résultats de létude CLASS suggèrent dailleurs une protection GI moindre lorsque le celecoxib est associé à laspirine. Outre létude SUCCESS, une méta -analyse parue en 2002 visant à comparer lefficacité, la sécurité GI et la tolérance digestive du celecoxib par rapport aux AINS traditionnels, supporte également linnocuité digestive du celecoxib. Cette méta-analyse, regroupant neuf études contrôlées randomisées menées en double-aveugle, démontre que les utilisateurs de celecoxib présentent une incidence plus faible dabandon au traitement (29 vs 58 %, NNT:35 à 3 mois), dulcères visibles endoscopiquement (59 vs 79 %, NNT: 6 à 3 mois) et dulcères compliquées (4 vs 61 %, NNT: 208 à 6 mois) par rapport aux utilisateurs dAINS traditionnels. Lanalyse par sous groupe a également permis de démontrer que lincidence dulcères visibles endoscopiquement chez les utilisateurs daspirine était moindre dans le groupe celecoxib par rapport aux groupes dAINS traditionnels. Cette diminution était toutefois moins importante que celle notée chez les non utilisateurs daspirine(16) . Pour ce qui est de la sécurité digestive du celecoxib par rapport au rofecoxib, aucune étude comparant directement ces deux molécules nest actuellement publiée. Toutefois, une étude de cohorte réalisée chez des nouveaux utilisateurs danti-inflammatoires âgés de 65 ans et plus, suggère que le celecoxib posséderait un potentiel protecteur digestif supérieur au rofécoxib. En effet, le taux dhospitalisation secondaire à un saignement digestif haut causé par lutilisation dun AINS était plus important dans le groupe rofecoxib par rapport au groupe celecoxib (1.9, IC 95 % [1,2-1,8]. Le taux de saignements digestifs mesuré avec le celecoxib et le rofecoxib était inférieure à celui mesuré chez les utilisateurs dAINS traditionnels. Des études supplémentaires seront donc nécessaires pour évaluer les différences au point de vue digestif entre les inhibiteurs sélectifs de la COX-2 actuellement disponible(17).
Une autre option possible pour diminuer les problèmes GI chez les utilisateurs dun AINS est de les associer à une gastroprotection. Actuellement, une seule étude publiée compare lefficacité des coxibs à prévenir la survenue dévénements GI par rapport à lassociation dun AINS traditionnel et dune gastroprotection. Cette étude a été menée chez 287 patients utilisant des AINS sur une base régulière et présentant comme antécédent des saignements dulcères. La survenue de récurrence de saignements entre le groupe celecoxib (400 mg par jour) plus placebo et le groupe diclofenac (150 mg par jour) plus oméprazole (20 mg par jour) a été comparée. Aucune différence statistiquement significative dans la survenue des récurrences de saignements na été notée entre les deux groupes sur une période de six mois (celecoxib 4,9 %; diclofenac plus oméprazole 6,4 %; RRR 1.5 %, intervalle de confiance à 95 % -6,8 à 3,8). Du point de vue GI, les données actuelles ne nous permettent pas de recommander une option plutôt quune autre. Toutefois, le coût de la thérapie demeure important à considérer. Lassociation dun coxib à une gastroprotection chez les personnes ayant un antécédent de saignement digestif serait une autre avenue à explorer(18).
Du point de vue digestif seul, lutilisation dun coxib est intéressant chez les non utilisateurs daspirine à risque élevé de développer un ulcère (personne âgée, utilisateur de corticostéroïdes ou danticoagulant en concomitance avec un AINS, antécédent dulcères ou de saignements GI)(19). Toutefois, bien que ces agents diminuent le risque dulcères symptomatiques et compliqués, il ne lélimine pas. Il faut donc demeurer éveillé face aux éventuelles complications.
Lintérêt pour limplication des coxibs dans la survenue dévénements cardiovasculaires thrombotiques est né de
létude VIGOR. Des résultats pour le moins inattendus de cette étude, démontrent un taux dinfarctus du myocarde quatre fois plus grand dans le groupe rofecoxib par rapport au groupe naproxen (0,4 vs 0,1 %, p<0,05). Jusqualors, aucune étude navait permis de mettre en lumière cette problématique(12). Les résultats de létude CLASS pour leur part ne montrent pas daugmentation significative de la survenue dévénements cardiovasculaires entre chacun des groupes(13). Différentes hypothèses ont été émises sur le sujet. Lune des questions primordiales qui se pose actuellement vise à déterminer si la différence relative notée entre les deux groupes de létude VIGOR est due soit à un effet néfaste du rofecoxib, à un effet cardioprotecteur du naproxen, ou à une combinaison des deux(20).
Les bénéfices de laspirine utilisée à titre préventif chez les personnes à risque dévénements cardiovasculaires sont bien connus. Laspirine sest démontrée efficace pour réduire les risques dévénements thrombotiques tels linfarctus du myocarde et les embolies systémiques. Cet effet protecteur semble en grande partie attribuable à son effet inhibiteur de lagrégation plaquettaire. En effet, laspirine par son fort potentiel inhibiteur de la COX-1, inhibe la production de la thromboxane A2 de façon irréversible (prostaglandine fortement proaggrégeante)(8,11). Puisque les AINS autre que laspirine inhibent eux aussi la COX-1, ceux-ci possèdent également une activité antiplaquettaire relative. Théoriquement, ils pourraient donc être bénéfiques dans la prévention de ce type dévénements. Toutefois, à la différence de laspirine, leur inhibition de la COX-1 est réversible et seffectue à des intensités diverses selon lAINS en cause(11,21). Les coxibs, pour leur part, ne possèdent pas cette faculté, puisquils nont aucune activité sur la COX-1 aux doses recommandées. De plus, quelques auteurs stipulent que les coxibs accentueraient les risques dembolies en modifiant léquilibre régulant lagrégation plaquettaire. En effet, les coxibs inhiberaient les prostacyclines endothéliales, substances ayant une activité vasodilatatrice et anti-plaquettaire médiée par la COX-1, sans toutefois inhiber la thromboxane A2. Il en résulterait un déséquilibre entre les substances stimulant et inhibant lagrégation des plaquettes, favorisant ainsi lagrégation plaquettaire(11,22).
Une étude dobservation sétant déroulée sur une période de 11 ans, incluant 181 441 patients, na pas réussi à démontrer que les AINS traditionnels (incluant le naproxen) avaient un potentiel cardioprotecteur(23) . Toutefois, cette étude regroupait lensemble des AINS et ne permettait pas de mettre en évidence les propriétés particulières de chacun dentre eux. Trois études cas-témoins publiées dernièrement ont permis de démontrer que les patients prenant du naproxen avaient un taux dévénements cardiovasculaires inférieur à ceux nen prenant pas, ou prenant un AINS autre que le naproxen(24,25,26). Ces résultats sont donc en faveur de lhypothèse voulant que laugmentation du taux dévénements cardiovasculaires survenue dans létude VIGOR avec le rofecoxib serait en
partie dû à un effet cardioprotecteur du naproxen.
Tel que mentionné précédemment, l'utilisation du rofecoxid a été associée dans l'étude VIGOR à une augmentation des risques cardiovasculaires(12). À cet effet, Konstam et al, ont réalisé une étude visant à revoir les résultats obtenus par les fabricants du rofecoxib. Cette étude évaluait les événements thrombotiques survenus dans cinq études avec le rofecoxib. Cette étude incluait au-delà de 28 000 patients. Les événements cardiovasculaires thrombotiques survenus avec le rofecoxib ont été comparés avec ceux répertoriés dans les groupes placebo, naproxen et AINS autres que le naproxen (diclofenac, ibuprofen et nabumetone). Les événements thrombotiques tel que décrit par la « Antitplatelet Trialists Collaboration » (risque cardiovasculaire, hémorragie, mort toutes causes confondues; infarctus du myocarde non fatal, embolie non fatale) ont été évalués chez les utilisateurs de rofecoxib par rapport au placebo et aux AINS. Aucune augmentation des événements thrombotiques na été démontrée entre le rofecoxib et le placebo (RR : 0,84; IC 95 % de 0,51 à 1,38) ou les AINS autre que le naproxen (RR : 0,79; intervalle de confiance (IC) à 95 % de 0,40 à 1,55). Toutefois, une augmentation de lincidence a par contre été observée lorsque le rofecoxib était comparé au naproxen (RR :1,69, IC 95 de 1,07 à 2,69)(27). Une étude publiée en 2002 regroupant les données de huit études menées en double-aveugle corrobore également les résultats obtenus par Konstam et al(28). À en juger par ces résultats, le celecoxib, de même que le rofecoxib ne seraient donc pas associés à une augmentation ou a une diminution du risque cardiovasculaire thrombotique.
Pour ce qui est de la différence des résultats concernant la sécurité cardiovasculaire entre létude CLASS et létude VIGOR, celle-ci pourrait également être secondaire à une différence dans le devis entre les deux études plutôt quà une différence réelle entre les deux coxibs à létude. En effet, trois différences importantes existant entre les deux études ont pu désavantager le rofecoxib dans létude VIGOR. Premièrement, la population de létude CLASS regroupait à la fois des personnes souffrant dostéoarthrite et de polyarthrite rhumatoïde (PAR), alors que celle de létude VIGOR était uniquement composée de sujets atteints de PAR(12,13). Cette différence a pu augmenter lincidence dévénements cardiaques dans létude avec le rofecoxib puisque le risque cardiovasculaire serait plus fréquent chez les personnes atteintes de PAR(29). Deuxièmement, alors que lusage de laspirine dans létude CLASS était permis à titre de prévention secondaire des événements cardiovasculaires, celui-ci était prohibé dans létude VIGOR. Quatre pour cent des patients inclus dans létude VIGOR répondaient aux critères dutilisation de laspirine en prévention secondaire des maladies cardiovasculaires, mais ne recevaient pas de thérapie à cet égard. Troisièmement, lutilisation du naproxen comme agent comparateur dans létude VIGOR, désavantageait le rofecoxib pour les raisons citées précédemment(12,13). Finalement, à la lumière des données actuelles, les coxibs ne
semblent pas associés ni à une augmentation, ni a une diminution de lincidence dévénements cardiovasculaires thrombotiques. Toutefois, les études actuelles nont pas été conçues spécifiquement dans le but dévaluer la sécurité cardiovasculaire des coxibs et comportent certaines limites. Les coxibs, de même que les AINS noffrent pas de protection au niveau cardiovasculaire. Bien que le naproxen offre pour sa part une certaine protection, celle-ci est inférieure à celle procurée par laspirine. Les utilisateurs de coxibs, de même que dAINS (incluant le naproxen) chez qui une prophylaxie cardiovasculaire est nécessaire, devraient donc recevoir de laspirine. Des études supplémentaires seront donc nécessaires pour évaluer spécifiquement la sécurité cardiovasculaire des coxibs à long terme. Ces études devront comporter entre autre, des groupes contrôles, utiliser les coxibs aux doses standards et permettrent lusage de laspirine à faible dose chez les gens dont la condition cardiovasculaire lindique.
La survenue dévénements tels la rétention liquidienne, lélévation de la pression artérielle, lhyperkaliémie et linsuffisance rénale aiguë, est bien décrite chez les utilisateurs dAINS traditionnels(30). Alors que lon croyait à l'origine que seule la COX-1 était exprimée aux reins, les données actuelles révèlent limplication conjointe de la COX-1 et de la COX-2 dans lhoméostasie rénale. En effet, lutilisation à large échelle des coxibs a permis de constater que ceux-ci nétaient pas dépourvus deffets indésirables aux reins, contrairement à ce quon avançait initialement(31).
Deux types de prostaglandines semblent particulièrement importantes pour moduler l'hémodynamie rénale, soit la PGE2
et la PGI2 (prostacycline)(29,30,31). Leur implication est primordiale pour maintenir un taux de filtration glomérulaire adéquat chez les sujets présentant une perfusion rénale compromise (ex : insuffisant rénal, insuffisant hépatique avec ascite, insuffisant cardiaque, utilisateur de diurétiques ou dinhibiteurs de lenzyme de conversion et personnes avec une diète faible en sel). Ces derniers constituent dailleurs la population à risque de développer une toxicité rénale lors de lutilisation dun AINS(30,
33, 34). En contre partie, lintervention régulatrice des prostaglandines semble minimale chez les individus ayant une perfusion rénale adéquate(30). La COX-1, de même que la COX-2, sont activement impliquées dans la production de ces prostaglandines; l'expression de la COX-2 étant augmentée lors d'une baisse du volume circulant. Alors que la PGE2 jouerait un rôle important dans la régulation de la réabsorption du sodium, la PGI2, quant à elle, augmenterait le flot rénal, la filtration glomérulaire et la sécrétion du potassium via lactivation du système rénine-angiotensine-aldostérone. Linhibition de la COX-2 par les AINS traditionnels et les coxibs entraînerait principalement une rétention sodique, et par le fait même, une augmentation de ldème périphérique, de la pression sanguine et du poids. De son côté, linhibition de la COX-1 par les AINS traditionnels serait associée à de l'hyperkaliémie et de l'insuffisance rénale aiguë(30,32). Leffet des AINS traditionnels sur la tension artérielle est bien documenté. À cet égard, deux méta-analyses réalisées avec ceux-ci ont démontré une augmentation de la pression artérielle moyenne chez les sujets nécessitant une thérapie anti-hypertensive. Cette augmentation pouvant atteindre jusquà cinq mmHg, était proportionnelle à la dose d'anti-inflammatoire utilisée. Toutefois, cette élévation nétait pas significative chez les sujets normotendus(35, 36). Une étude importante visant à déterminer leffet des coxibs sur la tension artérielle a été effectuée sur six semaines et regroupait 1082 sujets. Leffet du rofecoxib (25 mg une fois par jour), du celecoxib (200 mg une fois par jour) et dun placebo sur la pression artérielle a été comparé. Le pourcentage de personnes ayant subi une augmentation de la tension artérielle dans les groupes de coxibs sest avéré supérieur à celui rapporté dans le groupe placebo (9,6 % : 9,4 % et 3.3 % respectivement; p=0.015). Lélévation moyenne de la pression artérielle mesurée était de 1,9 mmHg dans le groupe rofecoxib, 0,2 mmHg dans le groupe celecoxib et diminuait de 4.3 mm Hg dans le groupe placebo(30).
Quant à la sécurité rénale des coxibs, peu d'études sur le sujet ont été réalisées jusqu'à maintenant. Toutefois, les données actuelles suggèrent que ceux-ci possède une innocuité rénale comparable aux AINS traditionnels(31). Leffet des coxibs sur la pression artérielle, de même que sur lexcrétion urinaire du sodium a été comparé dans une petite étude menée en double-aveugle avec groupe placebo. Cette étude, regroupant 67 personnes âgées en bonne santé, comparait le rofecoxib (25 mg par jour), le celecoxib (200 mg deux fois par jour), le naproxen (500 mg deux fois par jour) et un placebo. Après deux semaines dutilisation, les groupes rofecoxib, celecoxib et naproxen démontraient une augmentation de la pression artérielle systolique et une diminution de lexcrétion rénale du sodium similaires. Cette différence, bien que faible, était statistiquement significative par rapport au groupe placebo(37).
En somme, les coxibs ne semblent pas démontrer de bénéfices supplémentaires sur le plan de la sécurité rénale par rapport aux AINS traditionnels. Il est donc important de détecter les patients à risque de développer des complications, afin dassurer un suivi adéquat de ceux-ci et de minimiser la survenue deffets rénaux néfastes. Ainsi, chez une personne considérée à risque de développer des complications rénales et nécessitant un AINS ou un coxib, la thérapie anti-inflammatoire devrait être débutée à faible dose et augmentée progressivement jusquà la dose minimale efficace. Une mesure de la créatinine, de même que des électrolytes devrait être effectuée avant de débuter le traitement et répétée une semaine suivant le début de celle-ci. Également, les sujets recevant une thérapie anti-hypertensive et nécessitant la prise dun anti-inflammatoire devraient effectuer des contrôles de leur tension artérielle régulièrement(34). Toutefois, les effets
indésirables sur le rein peuvent survenir même en labsence de facteurs de risque(33). Ceux-ci surviennent généralement au début de thérapie, à moins quune condition particulière ne sajoute en cours de traitement (ex : déshydratation, ajout dune nouvelle médication). Bien que ces effets indésirables soient généralement réversibles à larrêt du coxib ou de lAINS, une insuffisance rénale chronique peut survenir si la diminution du flot rénal entraîne une ischémie sévère et prolongée (nécrose). Il est donc important de ne pas prendre ces effets indésirables à la légère(34).
Bref, les données actuellement disponibles concernant linnocuité des coxibs démontrent que ceux-ci ne sont pas dépourvus deffets indésirables. À lorigine, les coxibs ont été mis au point dans le but doffrir une thérapie anti-inflammatoire aussi efficace que les AINS traditionnels, et ce, sans les complications gastro-intestinales qui leur sont associées. Bien que les coxibs offrent une meilleure innocuité à ce niveau, ils ne sont toutefois pas dépourvus de risques. En effet, le risque de développer un ulcère suite à la prise dun coxib est présent. Celui-ci serait accrû chez les personnes connues pour avoir des facteurs de risques. De plus, les résultats de létude CLASS laissent sous entendre que la prise
concomitante daspirine, même à faible dose, pourrait atténuer les bienfaits protecteurs des coxibs au niveau digestif.
Les résultats de létude VIGOR ont soulevés un doute quant à la sécurité du rofecoxib au niveau cardiovasculaire. Toutefois, les données disponibles sur le sujet ne semblent pas démontrer daugmentation des risques. Des études supplémentaires ayant pour objectif principal dévaluer spécifiquement limplication des coxibs au niveau cardiovasculaire seront requises pour élucider la question. Les évidences actuelles montrent toutefois que lutilisation de laspirine en prévention secondaire des événements cardiovasculaires est nécessaire malgré leffet protecteur rencontré avec certains AINS, tel le naproxen.
Pour ce qui est de la sécurité des coxibs au niveau du rein, celle-ci noffre pas de bénéfice par rapport au AINS traditionnels. En effet, les deux types danti-inflammatoire accusent un risque similaire et significatif deffets néfastes rénaux. Une attention particulière devrait donc être portée envers les sujets les plus à risque.
En somme, bien que les coxibs soient une option intéressante pour améliorer la sécurité GI, ils demeurent toutefois important de garder en tête que ces molécules ne sont pas dépourvues deffets indésirables. Leur utilisation sur une base régulière devrait se faire sous surveillance.
Préparé par : Isabelle Laverdière, pharmacienne au CHUL du CHUQ.
Révisé par : Martin Boulé, pharmacien au CHUL du CHUQ et Dr André Beaulieu
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