Le
rimonabant (Acompliamd) : une nouvelle arme
contre l’obésité et le tabagisme
Le rimonabant (Acompliamd)
est le premier représentant d’une nouvelle classe thérapeutique : les
antagonistes sélectifs des récepteurs cannabinoïdes de type I (CB1).
La molécule en est à la dernière phase de son développement et les études de
phase III sont en cours. Le manufacturier, Sanofi-Aventis, prévoit sa mise sur
le marché américain à la fin de la présente année ou au début de l’année 2006.
Indications :
Le rimonabant a fait l’objet
d’études chez les humains pour deux indications principales, soit l’arrêt
tabagique et le traitement de l’obésité (1).
Certains auteurs ont également mentionnés
l’utilisation potentielle des antagonistes des récepteurs CB1 dans
d’autres pathologies telles que la dépendance à différentes substances, les
troubles sexuels, l’asthme, les cirrhoses du foie et les troubles de mémoire(2).
Ces applications thérapeutiques ne sont cependant que théoriques et des études
ultérieures seront nécessaires pour déterminer l’efficacité de la molécule dans
ces domaines.
Pharmacologie /
Pharmacocinétique :
Le tabagisme et l’obésité, deux
facteurs de risque prédisposant aux maladies cardiovasculaires, partageraient la
caractéristique de l’hyperactivité du système endocannabinoïde (EC), un système
physiologique naturel. Ce dernier est composé de messagers fabriqués par
l’organisme appelés endocannabinoïdes. Ils sont sécrétés en réponse à un stimulus
et dégradés très rapidement après leur action. Le système EC est également composé
de récepteurs dits cannabinoïdes (tel que le récepteur CB1) sur
lesquels se fixent les messagers(1,3-4).
Le système de récompense
cérébrale, activé par la libération de dopamine, est une des cibles de la
nicotine. En effet, la nicotine se lie aux récepteurs nicotiniques distribués
sur les voies dopaminergiques du système de récompense. Cette liaison entraîne
la libération de dopamine qui, à son tour, active le système de récompense et
entraîne un effet de renforcement du comportement (incitation à fumer). Les
neurones GABAergiques, quant à eux, ont un rôle inhibiteur. En effet, la
libération de GABA agit comme un frein au niveau du système de récompense. Lors
d’une administration chronique de nicotine, des endocannabinoïdes sont libérés
et se fixent aux récepteurs CB1 situés sur les neurones GABAergique
diminuant ainsi la libération de GABA. Ceci empêche l’inhibition du système de
récompense et résulte en une libération massive de dopamine, une activation
permanente du système de récompense et un renforcement du comportement incitant
à fumer. Le rimonabant empêche la liaison des endocannabinoïdes aux récepteurs
CB1 et freine l’action de renforcement générée par cette liaison(1,3-4).
Le système endocannabinoïde est également impliqué dans le soulagement de la douleur et de l’anxiété ainsi que dans l’oubli des souvenirs négatifs. Il stimulerait aussi l’appétit et activerait le système de récompense cérébral relié à ce comportement. Chez les patients obèses, le système endocannabinoïde est hyper-stimulé au niveau de l’hypothalamus et des adipocytes, là où sont exprimés les récepteurs CB1. Cette activation permanente entraîne un état d’hyperphagie et une accumulation des graisses. Le blocage des CB1 par le rimonabant empêche la liaison des endocannabinoïdes à ce récepteur et entraîne l’équilibre au niveau du système EC(1,3-4).
En résumé, certaines conditions
telles que l’obésité et la consommation chronique de nicotine entraînent une
hyper-stimulation du système endocannabinoïde. D’une part, ce dernier exerce une
action au niveau cérébral en augmentant l’appétit et la motivation de
s’alimenter et de fumer. D’autre part, il agit en périphérie au niveau des
adipocytes en stimulant l’accumulation des graisses. Il en résulte une
augmentation de l’apport alimentaire et du poids ainsi qu’une dépendance accrue
à la nicotine(1,3-4).
Essais cliniques :
Réactions indésirables :
Place dans la thérapie :
Les options pharmacologiques dans
le traitement de l’obésité sont peu nombreuses. Seuls la sibutramine (Meridiamd)
et l’orlistat (Xenicalmd) sont actuellement approuvés au Canada pour
utilisation à long terme. Cependant, ces deux options de traitement ne sont pas
dénuées d’effets indésirables et présentent certaines contre-indications
relativement limitantes(12). Les options pharmacologiques dans le
sevrage tabagique sont actuellement les différents produits de remplacement de
la nicotine et certains anti-dépresseurs(13). Un des problèmes rencontré
par les patients est la prise de poids associée à l’arrêt tabagique. En effet,
la nicotine inhibe l’appétit et rares sont les patients qui ne notent pas un
gain pondéral suivant le sevrage. Ceci entraîne fréquemment une démotivation à
l’arrêt tabagique ou une rechute(4). Le rimonabant apporte quant à
lui une aide au sevrage tabagique tout en prévenant la prise de poids. Il
permet, chez les patients obèses, une diminution du poids, du tour de taille et
des triglycérides tout en augmentant les HDL et la sensibilité à l’insuline. L’amélioration
du profil lipidique ne serait pas seulement relié à la perte de poids puisque
les effets observés sur ces paramètres sont deux fois plus importants que prévu
en regard du pourcentage de la perte de poids (1,3,4,7-11). Ses
propriétés bénéfiques sur le syndrome métabolique constituent un avantage par
rapport aux autres traitements disponibles. Cependant, l’association à une
modification des habitudes de vie ainsi que la sélection minutieuse et
responsable des patients à qui on offrira cette pharmacothérapie sera nécessaire(8,10).
Conclusion :
Le rimonabant est le premier
représentant d’une classe thérapeutique inspirant déjà de nombreux espoirs. Au
cours des études, l’administration du rimonabant a démontré un impact
significatif sur la perte de poids, la dépendance à la nicotine et le syndrome
métabolique. Ces résultats apparaissent très prometteurs compte tenu de
l’importance de ces facteurs de risque sur l’incidence des maladies
cardiovasculaires et de l’arsenal thérapeutique relativement restreint dans le
traitement de l’obésité et du sevrage tabagique. Cependant, malgré que la
sécurité à deux ans semble raisonnable, le système endocannabinoïde demeure
complexe et encore peu connu. Plusieurs questions concernant la pharmacocinétique,
les interactions médicamenteuses, l’efficacité à long terme demeurent encore
sans réponse et le succès du rimonabant chez des patients n’évoluant pas dans
des cadres d’études cliniques nous est inconnu. Le taux d’abandon élevé observé
dans les études peut laisser présager que les résultats obtenus lors de
l’utilisation future seront peut-être moins exceptionnels. De plus, la reprise
de poids suite à l’arrêt du médicament peut sembler rebutante et soulève
quelques questionnements relativement à la durée de traitement requise. Il n’en
demeure pas moins que la venue sur le marché de ce médicament au mécanisme
d’action innovateur et qui s’attaque à deux problèmes de société majeurs est
attendue avec impatience.
Rédigé par : Chantal Grenier, résidente en pharmacie à l’Hôtel-Dieu de Québec du CHUQ.
Révisé par : Isabelle
Beaulieu, pharmacienne et Dre Michèle Dugal, interniste à
L’Hôtel-Dieu de Québec du CHUQ
Références :
2) Lange JHM, Kruse CG. Recent Advances in CB1
Cannabinoid Receptor Antagonists. Curr Opin Drug Discov Devel 2004; 7(4):
498-506.
3) Cluzel M. AcompliaTM : A New
Approach to Cardiovascular Risk Management. In Sanofi Aventis [En ligne]. September 2004. http://www.sanofi-aventis.com/Images/101_24494.pdf
(page consultée le 15 mars 2005).
4) The endocannabinoid system: A novel therapeutic
target for the management of multiple CV risk factors. [Satellite
programs - CyberSessions]. Mar 1, 2005. http://www.theheart.org/viewArticle.do?primaryKey=356275 (page consultée le 6 avril 2005).
5) Anonyme. Investigational Drug: Rimonabant (Acomplia). Pharmacist’s
Letter/Prescriber’s Letter 2004: 20(11): 201114.
6) Fernandez JR, Allison DB. Rimonabant Sanofi-Santhelabo. Curr Opin Investig Drugs 2004 ;
5(4) : 430-35.
7) Brookes L. RIO-Europe : Rimonabant in
Obesity –
8) Shelley Wood. Two-year rimonabant results
roll on: Durable benefits, "heartening" safety. [HeartWire -
News]. Mar 8, 2005. http://www.theheart.org/viewArticle.do?primaryKey=400295+
(page consultée le 15 mars 2005).
9) Van Gaal LF, Rissanen AM, Scheen AJ et coll. Effets of the Cannabinoid-1 Receptor Blocker
Rimonabant on Weight Reduction and Cardiovascular Risk Factors in Overweight
Patients: 1-Year Experience From the RIO-Europe Study. Lancet 2005; 365:
1389-97.
10) Shelley Wood. Rimonabant "very good
news" for tough to treat risk factors, obesity, smoking, metabolic
syndrome. [HeartWire - News] ; Mar 9, 2004. http://www.theheart.org/viewArticle.do?primaryKey=125791
(page consultée le 15 mars 2005).
11) The endocannabinoid system: A new target for multi-risk management.
[Satellite programs >CyberSessions] ; June 1, 2004. http://webcasts.prous.com/ada2004/endocannabinoid/index.asp
(page consultée le 20 avril 2005)
12) Ness-Abramof R, Nabriski D, Apovian C.M.
Medical Therapy for Obesity: Present and Future. IMAJ 2004; 6: 760-65.
13) Talwar A, Jain M, Vijayan VK.
Pharmacotherapy of Tobacco Dependance. Med Clin N Am 2004; 88: 1517-34.

Tableau I – Principaux résultats des études actuellement disponibles sur le
Rimonabant (Acompliamd)
Études
|
Population et objectif
|
Traitement |
Résultats |
Conclusion des auteurs |
|
RIO-North Multicentrique, randomisée, à double aveugle,
contrôlée avec placebo. |
N = 3040 patients Patients avec IMC ³ 30 kg/m2 ou > 27 kg/m2 avec comorbidités (HTA et/ou dyslipidémie) Les patients diabétiques étaient exclus. Objectif primaire : Évaluer la perte de
poids induite par le rimonabant après un an et sa capacité à prévenir la
reprise de poids durant la deuxième année. |
GROUPES 1) Placebo die (n = 607) 2) Rimonabant 5 mg die (n = 1214) 3) Rimonabant 20 mg die (n = 1219) Tous les participants étaient soumis à une diète hypocalorique (-600 kcal/jour). Après 1 an, les sujets recevant 5 ou 20 mg ont
été randomisés à nouveau pour poursuivre avec la même dose ou pour être
transférés dans le groupe placebo pour 52 semaines supplémentaires. |
Résultats à 1 an* : Changement
absolu du poids : -1,6 ; -2,9 ; -6,3 kg Changement
absolu du tour de taille:
-2,5 ; -3,1 ; -6,1 cm Changement
absolu des HDL : +5,4 ; +7,6 ;
+12,6 % Résultats à 2 ans (avec le même traitement qu’à la randomisation) * : Perte ³ 5% du poids initial : 19,3 ;
19,3 ; 39,7 % des patients Perte ³ 10% du poids initial : 8,3 ;
8,5 ; 16,5 % des patients Les participants randomisés pour le placebo après
un tx d’un an avec le rimonabant ont presque repris tout le poids perdu. Résultats statistiquement significatifs lorsque rimonabant 20mg comparé
au placebo. |
Le rimonabant 20 mg s’avère significativement
plus efficace que le placebo. On note un effet bénéfique sur le poids, le
tour de taille, le bilan lipidique et une amélioration au niveau de la résistance à l’insuline. La perte de poids persiste à 2 ans avec la
poursuite du traitement. Le traitement est généralement bien toléré. |
|
RIO-Europe(1, 3, 5, 7-9) Multicentrique, randomisée, à double aveugle, contrôlée
avec placebo Il s’agit de la seule étude publiée jusqu’à maintenant. |
N = 1507 patients Patients avec IMC ³ 30 kg/m2 ou > 27 kg/m2 avec comorbidités (HTA et/ou dyslipidémie) Les patients diabétiques étaient exclus. Objectif primaire : Évaluer la perte de
poids obtenue avec le rimonabant après une période de deux ans. |
GROUPES 1) Placebo die (n = 305) 2) Rimonabant 5 mg die (n = 603) 3) Rimonabant 20 mg die (n = 599) Pendant 2 ans Tous les participants étaient soumis à une diète hypocalorique (-600 kcal/jour) |
Résultats à 1 an* : Changement
moyen du poids : -1.8, -3.4,
-6.6 kg Changement
moyen du tour de taille: -2.4, -3.9, - 6.5 cm Résultats à 2 ans** : Changement
moyen du poids : -2.5, -1.6,
-7.2 kg Changement moyen du tour de taille: -3.4, -5.3, -7.5
cm Résultats statistiquement significatifs lorsque
le rimonabant 20mg est comparé au placebo. |
Amélioration significative des paramètres
métaboliques (tour de taille, poids, HDL, TG, résistance à l’insuline) chez
les patients traités avec rimonabant 20 mg. Résultats concordants avec ceux obtenus dans RIO-North
America |
Notes : * Analyse par analyse de traiter (ITT) ;
* *Analyse des sujets ayant terminé l’étude ; EC :
endocannabinoïde ; HTA : hypertension artérielle ; TG :
triglycérides
Tableau I – Principaux résultats des études actuellement disponibles sur le
Rimonabant (Acompliamd)
(suite)
Études
|
Population et objectifs
|
Traitement |
Résultats |
Conclusion des auteurs |
|
RIO-Lipids(1, 3, 5, 10, 11) Multicentrique,
randomisée, à double aveugle, contrôlée avec placebo. |
N = 1036 patients Patients avec dyslipidémie non traitée et
IMC entre 27 et 40 kg/m2. Objectif primaire : Évaluer la perte de
poids associée à la prise de rimonabant pendant 1 an. |
GROUPES 1) Placebo die (n = 342) 2) Rimonabant 5 mg die (n = 345) 3) Rimonabant 20 mg die (n = 346) Pendant 1 an Tous les participants étaient soumis à une diète hypocalorique (-600 kcal/jour) |
Résultats * : Perte ³ 5% du poids initial : 19,5 ; 30,0 ;
58,4 % des patients Perte ³ 10%
du poids initial: 7,3; 10,6; 32,6 % des patients Patients traités avec rimonabant 20 mg : Perte moyenne de 6,9 kg Patients traités avec le placebo : Perte moyenne de 1,5 kg Amélioration du bilan
lipidique chez les participants traités avec rimonabant. : des HDL notée dans les trois
groupes, mais significativement plus importante chez les patients sous
rimonabant. Résultats statistiquement significatifs lorsque le rimonabant 20mg est
comparé au placebo. |
Ces résultats, en
accord avec les autres essais du programme RIO, nous démontrent que le
rimonabant a non seulement un impact sur le poids, mais également sur la
façon dont notre corps régule la balance énergétique du corps. Le rimonabant, de par son mécanisme d’action au
niveau du système EC, semble cibler la cause de multiples facteurs de risque
reliés aux maladies cardiovasculaires. |
|
RIO-Diabetes(1) Multicentrique, randomisée, à double aveugle, contrôlée
avec placebo |
N = 1147 patients diabétiques de type II et obèses. Objectif : Explorer le rôle du
rimonabant dans la perte de poids et l’amélioration des facteurs de risque
reliés au diabète. |
GROUPES 1) Placebo 2) Rimonabant 5 mg 3) Rimonabant 20 mg Pendant 1 an |
Résultats à venir (prévus en juin 2005) |
|
|
STRATUS-US(1, 3, 4, 5, 11) Multicentrique, randomisée, à double aveugle, contrôlée
avec placebo. |
N = 787 patients Patients fumant ³ 10
cigarettes/jour depuis ³ 2 mois et motivés à
cesser de fumer. Objectif : Évaluer le taux de sevrage
tabagique avec le rimonabant et l’abstinence à long terme. |
GROUPES 1) Placebo die (n = 261) 2) Rimonabant 5 mg die (n = 262) 3) Rimonabant 20 mg die (n = 261) Pendant 10 semaines avec période de suivi de 42 semaines par la suite |
Résultats * : Sevrage tabagique à 10 semaines: 16,1 ; 15,6 ; 27,6 % des patients (p=0,04 rimonabant 20 mg vs placebo) Changement moyen du poids à 10 sem. : +1,1 ; +0,6 ; -0,3 kg (significatifs p/r au placebo) |
Rimonabant 20 mg double le taux de succès de
sevrage tabagique comparé au placebo. Il ¯ de façon marquée le gain de
poids post arrêt tabagique chez les patients avec un surplus de poids ou
obèses et constitue une molécule bien tolérée par la plupart des patients.
Les résultats pour l’abstinence à long terme sont à venir. |
Notes : * Analyse par analyse de traiter
(ITT) ; * *Analyse des sujets ayant terminé l’étude ; EC :
endocannabinoïde ; HTA : hypertension artérielle ; TG : triglycérides