Les médicaments susceptibles de causer un syndrome de
sécrétion inappropriée de l’hormone antidiurétique (SIADH)
Introduction
Le
syndrome de sécrétion inappropriée de l’hormone antidiurétique (SIADH) a été
caractérisé par Bartter et Schwartz en 1967(1). Le SIADH se
caractérise par une augmentation anormale de la sécrétion ou de l’activité de
l’hormone antidiurétique (HAD) au niveau rénal. Ce désordre d’osmorégulation
des liquides corporels cause une rétention d’eau et une excrétion de sodium entraînant
une hyponatrémie hypoosmolaire isovolémique(1-3). L’hyponatrémie (natrémie
< 135 mmol/L) est le désordre électrolytique le plus fréquent chez les
patients hospitalisés: son incidence est de 2,5%(4). Une étude a démontré
que le SIADH est une cause fréquente d’hyponatrémie chez les patients
hospitalisés: 34% des patients hyponatrémiques présente un SIADH(2,5).
Étiologie
Plusieurs
causes physiques peuvent être à l’origine d’un SIADH : cancers, pneumonies,
maladies du système nerveux central (accident vasculaire cérébral (AVC),
trauma, infection, psychose), maladies systémiques, troubles endocriniens (hypothyroïdie,
déficience en glucocorticoïde), stress chirurgical et période postopératoire et
causes idiopathiques(4,6-8). Le stress de la maladie et de l’hospitalisation
pourrait entraîner une sécrétion nonosmotique d’HAD chez les individus
isovolémiques. Plusieurs médicaments ont également été associés au SIADH. Le
tableau I présente une liste non limitative des médicaments associés au SIADH(1-4,9-14).
La plupart des médicaments rapportés le sont par des rapports de cas. Il est
parfois difficile de conclure si le SIADH est causé par la pathologie, le
médicament ou une cause alternative. Par exemple, la psychose aiguë, les
antidépresseurs et les antipsychotiques peuvent causer un SIADH. Le stress
chirurgical, les barbituriques et les anesthésiques généraux peuvent également
augmenter la sécrétion d’HAD(2). D’un autre côté, l’association
entre le SIADH et les antinéoplasiques n’est pas certaine puisque ces
médicaments requièrent une hydratation importante et peuvent causer une
néphrotoxicité. Cette atteinte rénale peut entraîner une rétention liquidienne
et une hyponatrémie dilutionnelle sans affecter le contrôle de l’HAD(7).
Selon un rapport de cas, l’un des derniers médicaments susceptible de causer un
SIADH est la ciprofloxacine(12).
Pathophysiologie
L’HAD
est sécrétée par la neurohypophyse, l’hypophyse postérieure. Le rôle de l’HAD
est de concentrer les urines et de diminuer la diurèse. Elle intervient dans la
conservation de l’eau de façon coordonnée avec le fonctionnement du centre de
la soif(1). L’HAD produit une augmentation de la perméabilité des
tubules collecteurs rénaux à l’eau par la production d’AMP cyclique (AMPc). La
réabsorption de l’eau est augmentée sans influencer la réabsorption de sodium de manière proportionnelle.
Habituellement, la sécrétion de l’HAD est stimulée par l’hyperosmolarité,
l’hypovolémie et la diminution de la pression artérielle(1,15). Les
barorécepteurs et les osmorécepteurs assurent l’équilibre volémique et
osmolaire. Toutefois, des influx de divers stimuli (douleur, peur, alcool,
agents pharmacologiques, etc.) peuvent également stimuler les cellules
hypothalamiques sécrétant l’HAD(15).
Un
SIADH peut être causé par divers mécanismes : 1) sécrétion d’HAD ne
répondant plus aux directives des osmorécepteurs, des barorécepteurs ou des
deux (sécrétion inappropriée d’HAD), 2) seuil altéré des osmorécepteurs, des
barorécepteurs ou des deux, 3) augmentation de l’effet de l’HAD sur les cellules
tubulaires rénales et 4) sécrétion
ectopique d’HAD(3, 4).
L’hyponatrémie
est une manifestation du SIADH. Toutefois, il est important de la distinguer
des autres causes possibles d’hyponatrémie avant de conclure à un SIADH
(diagnostic différentiel). L’hypertriglycéridémie et l’hyperprotéinémie peuvent
causer une pseudohyponatrémie isotonique : le volume plasmatique
est faussement augmenté par l’espace occupé par les triglycérides ou les
protéines. L’hyperglycémie engendre une hyponatrémie hypertonique :
une augmentation de la quantité de glucides provoque un appel d’eau et une
dilution de la quantité normale de sodium. Le SIADH cause une hyponatrémie
hypotonique(1).
Les
signes et symptômes majeurs se manifestent lorsque la natrémie est inférieure à
125 mmol/L. Les signes et symptômes sont habituellement neurologiques et peu
spécifiques: fatigue, malaises, nausées, vomissements, crampes musculaires et confusion(4).
Une hyponatrémie d’apparition rapide (en moins de deux à trois jours) et une
natrémie inférieure à 120 mmol/L sont associées à des complications sont plus sérieuses.
En effet, le gradient
de
concentration favorisera la formation d’un œdème intracellulaire. Au niveau
cérébral, ce phénomène peut causer une hypertension intracrânienne, un coma
profond, un arrêt respiratoire et même un décès. Néanmoins, un SIADH cause plus
souvent une hyponatrémie chronique (apparition en plus de deux à trois jours).
Dans ce cas, les conséquences seront moins importantes, car l’osmorégulation
cérébrale permet aux cellules de s’adapter à l’augmentation du volume liquidien(1).
Par exemple, il est possible d’observer un patient encore conscient alors que
la natrémie est inférieure à 110 mmol/L (4,8,15). C’est davantage la
rapidité d’installation de l’hypoosmolarité que le niveau de natrémie qui
engendre les complications cérébrales(1).
Diagnostic
Le
diagnostic s’appuie sur les caractéristiques suivantes :
1)
hyponatrémie (< 135 mmol/L), 2) hypoosmolarité plasmatique (< 280
mmol/L), 3) sodium urinaire > 20 mmol/L (natriurèse conservée malgré
l’hyponatrémie), 4) urine moins que maximalement diluée, 5) isovolémie (aucune
évidence clinique de déshydratation ou d’œdème). Il y a absence d’insuffisance
rénale, cardiaque, thyroïdienne, surrénale ou hépatique et de prise de
diurétiques(1,2,4).
Le
SIADH est un diagnostic d’exclusion puisqu’il est possible d’exclure les autres
causes d’hyponatrémie à l’aide de différents examens(16). D’autres
paramètres peuvent également être utiles pour le diagnostic du SIADH. L’acide
urique et l’urée sont souvent abaissés par dilution et par augmentation de leur
clairance rénale(1,2,4). Habituellement, la concentration en
potassium et l’équilibre acide-base sont maintenus(4).
Traitement/pharmacologie
La
première étape du traitement du SIADH consiste à éliminer la cause sous-jacente
lorsqu’elle peut être identifiée(1). Si cette première étape ne
fonctionne pas, si la cause du SIADH est inconnue ou si l’atteinte est sévère,
un traitement sera débuté. Le traitement sera établi en fonction de la vitesse
d’apparition des symptômes. Ainsi, la distinction entre hyponatrémie aiguë et
chronique est essentielle sur les plans diagnostique, thérapeutique et
pronostique(1). Le tableau II présente le traitement du SIADH selon
la sévérité de l’hyponatrémie(2,3,16,17).
L’hyponatrémie
aiguë nécessite un traitement rapide afin d’éviter les dommages neurologiques.
La première étape permettant l’augmentation de l’osmolarité est la restriction
liquidienne : 750 à 1250 mL par jour. Un soluté de chlorure de sodium
(NaCl) hypertonique 3% est recommandé pour les patients avec une hyponatrémie
sévère et symptomatique (natrémie
< 110 à 115 mmol/L). Une augmentation maximale du sodium plasmatique de 1 mmol/L/h
(12 mmol/L/24h) est recommandée jusqu’à stabilisation du patient. Le sodium
crée un appel d’eau vers l’espace
vasculaire et permet d’éviter un œdème cérébral. Lorsque la natrémie atteint
une valeur de 120 à 125 mmol/L, le soluté de NaCl 3% est cessé. Pour éliminer
le surplus d’eau présent dans le compartiment central et diminuer le risque d’insuffisance
cardiaque congestive, le furosemide peut être ajouté. Ce diurétique est
essentiel chez les patients âgés, les personnes souffrants de décompensation
cardiaque ou d’œdème pulmonaire ou atteints d’insuffisance rénale(2-4).
Lorsque
la cause du SIADH ne peut être identifiée ou traitée efficacement, le SIADH est
considéré comme chronique et la restriction liquidienne est le traitement de
choix. Lors d’une hyponatrémie chronique, les cellules se sont adaptées à
l’augmentation du volume liquidien. Alors, il est important d’effectuer la
correction graduellement afin d’éviter une myélinose pontine centrale
(quadraparésie, dysarthrie, dysphagie, hypotension). L’augmentation de la
natrémie visée est de 0,5 mmol/L/h jusqu’à un maximum de 12 mmol/L/24h. Si la
restriction liquidienne ne fonctionne pas ou qu’elle devient difficile à
respecter pour le patient, un traitement pharmacologique sera débuté(6-8).
Dans
la littérature, il y a des nombreuses options de traitement pharmacologique du
SIADH. La déméclocycline, antibiotique de la famille des tétracyclines, est le
premier choix pour le traitement de l’hyponatrémie chronique. Elle induit,
après quatre à sept jours de traitement (parfois jusqu’à six semaines), un
diabète insipide réversible (polyurie) en inhibant la formation et l’action de
l’APMc au niveau des tubules rénaux. Les effets indésirables sont peu fréquents :
nausées, photosensibilité, azotémie et néphrotoxicité chez les patients à
risque (cirrhose, combinaison de médicaments néphrotoxiques). Cet antibiotique
peut entraîner une sélection de bactéries mutantes résistantes et une surinfection
chez les patients immunosupprimés(1,2,17).
L’association
du furosemide et de supplémentation en sodium est le deuxième choix de traitement,
car l’efficacité est inférieure à la déméclocycline. Toutefois, cette
association a un début d’action plus rapide et est le premier choix si le
patient est à risque de développer une néphrotoxicité avec la déméclocycline(1).
Contrairement aux diurétiques thiazidiques qui aggravent l’hyponatrémie, le
furosemide augmente la diurèse et diminue le pouvoir de concentration du rein(1,17).
L’urée,
autre option de traitement a un début d’action rapide et est efficace dans tous
les types de SIADH. Elle accroît la diurèse et inhibe la natriurèse tant que la
natrémie deumeure inférieure à 130 mmol/L(1). Toutefois, elle
présente des effets indésirables nombreux : problèmes gastro-intestinaux,
risque d’hypernatrémie et de déshydratation si le centre de la
soif
est affecté(3). Actuellement, cette molécule n’est pas disponible au
Canada.
La
phénytoïne est utile pour diminuer la sécrétion d’HAD, car elle agit sur la
neurohypophyse. Alors, son usage est réservé pour un SIADH secondaire à une
anomalie de l’axe hypothalamo-hypophysaire(2,10).
Le
lithium induit un diabète insipide comme la déméclocycline. Toutefois, il est
moins efficace (actif seulement dans 20% des cas) et plus toxique(1).
Il présente des effets indésirables au niveau du système nerveux central,
du rein et du cœur. Alors, il est considéré comme la dernière alternative de
traitement pour le SIADH chronique(2, 17).
L’absence
d’études comparatives à long terme des divers traitements rend la sélection de
l’agent de choix difficile. Actuellement, l’emploi de la déméclocycline et des
diurétiques de l’anse avec le NaCl sont les traitements de choix selon les publications
de cas rapportés et les petites études comparatives(17). D’autres études
comparatives permettraient d’identifier le traitement le plus efficace
comportant le moins d’effets indésirables.
Lorsque
le SIADH est chronique, l’utilisation d’un antagoniste de l’HAD serait l’option
de traitement idéale. Toutefois, cet agent est encore à l’étude(2,16).
Pronostic
Le
pronostic du SIADH dépend de sa cause. Les SIADH iatrogènes sont rapidement et
complètement corrigés pas la suppression de l’agent causal. De manière
parallèle, le traitement efficace des pathologies responsables du SIADH peut
éventuellement améliorer ou guérir le SIADH. Bref, la pathologie sous-jacente
détermine le pronostic du SIADH(4).
Conclusion
Parmi
les causes iatrogéniques du SIADH, il y a plusieurs médicaments. Toutefois, la
plupart des médicaments rapportés sont issus de rapports de cas. Dans la
littérature, il y a des nombreuses options de traitement du SIADH. La
restriction liquidienne constitue la pierre angulaire de la thérapie.
Cependant, la non observance des patients exige souvent l’ajout d’un traitement
pharmacologique pour le traitement à long terme. L’absence d’études
comparatives à long terme des divers traitements rend la sélection de l’agent
de choix difficile. Actuellement, l’emploi de la déméclocycline et des
diurétiques de l’anse avec le NaCl sont les traitements de choix. D’autres études
comparatives permettraient d’identifier le traitement le plus efficace
comportant le moins d’effets indésirables.
Préparé par : Rébecca Têtu, candidate à la maîtrise en pharmacie
d’hôpital, HSFA du CHUQ
Révisé par : Marc Parent, B. pharm, M. Sc. et Alain Milot, MD HSFA
du CHUQ
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Tableau I: Médicaments susceptibles de
causer un SIADH (1-4, 9-14)
|
Médicaments |
Mécanisme
d’action |
|||
|
Inconnu |
↑
sécrétion d’HAD |
↑ effet de l’HAD |
Autres |
|
|
Antibiotiques |
||||
|
Azithromycine |
X |
|
|
|
|
Ciprofloxacine |
X |
|
|
|
|
Antidépresseurs |
||||
|
1. Tricycliques |
||||
|
Amitriptyline |
|
|
|
↑ soif* |
|
Clomipramine |
|
|
|
↑ soif |
|
Désipramine |
|
|
|
↑ soif |
|
Imipramine |
X |
|
|
|
|
2. ISRS |
||||
|
Citaloprame |
X |
|
|
|
|
Fluoxétine |
X |
|
|
|
|
Fluvoxamine |
X |
|
|
|
|
Paroxétine |
X |
|
|
|
|
Sertaline |
X |
|
|
|
|
3. IMAO |
||||
|
Phénelzine |
X |
|
|
|
|
Tranylcypromine |
X |
|
|
|
|
4. Autres |
||||
|
Bupropion |
X |
|
|
|
|
Trazodone |
X |
|
|
|
|
Venlafaxine |
X |
|
|
|
|
Antipsychotiques |
||||
|
Chlorpromazine |
X |
|
|
|
|
Fluphénazine |
|
|
|
↑ soif* |
|
Halopéridol |
|
|
|
↓ sensibilité des osmorécepteurs |
|
Thioridazine |
|
|
|
↑ soif |
|
Thiothixène |
X |
|
|
|
|
Antiépileptiques |
||||
|
Carbamazépine |
|
X |
X (?) |
↓ sensibilité des osmorécepteurs |
|
Oxcarbamazépine |
|
X |
|
|
|
Opiacés |
||||
|
Fentanyl |
X |
|
|
|
|
Barbituriques |
||||
|
Thiopental |
|
X |
|
|
|
Diurétiques* |
||||
|
Chlorthalidone |
|
X |
|
Altération capacité de dilution du rein |
|
Hydrochlorothiazide |
|
X |
|
Altération capacité de dilution du rein |
Médicaments |
Mécanisme
d’action |
|||
|
Inconnu |
↑
sécrétion d’HAD |
↑ effet de l’HAD |
Autres |
|
|
Antinéoplasiques |
||||
|
Cisplatine |
X |
|
|
|
|
Cyclophosphamide (haute dose) |
|
X |
X |
Effet direct sur
tubules rénaux (?) |
|
Lévamisole |
X |
|
|
|
|
Ifosfamide |
X |
|
|
|
|
Melphalan |
X |
|
|
|
|
Vinblastine |
||||