L’énurésie nocturne, le cauchemar diurne
L’incontinence urinaire se rencontre
fréquemment chez les enfants. Environ 15% des enfants vont mouiller leurs
lits plus de deux fois par mois après l’âge de cinq ans pour les filles et six
ans pour les garçons(1). Pour 20% d’entre eux, des symptômes comme l’urgence
mictionnelle ou la polyurie au cours de la journée sont présents. L’énurésie atteint un nombre de garçons près de
deux fois supérieur à celui des filles. Le taux de résolution spontanée de
l’énurésie est inversement proportionnel à la durée des symptômes persistant(2).
Étiologie,
pathologie et diagnostic
Les causes de l’énurésie peuvent êtres
regroupés sous deux catégories.
L’énurésie primaire correspond à la forme où l’enfant n’a jamais pu
atteindre et maintenir une période où il passe ses nuits au sec(1-3). Cette forme représente environ
80% des cas d’énurésie et se résout habituellement de façon spontanée. Elle
peut être attribué à un problème d’immaturité vésicale, à une vessie de petite
capacité, à une diminution de la libération de vasopressine ou à des troubles
de sommeil. La littérature fait aussi
état de certaines hypothèses génétiques, puisque 50-75% des enfants dont au
moins un parent a été affecté par ce problème présentera également des
symptômes d’énurésie(2). L’énurésie secondaire se distingue de la forme primaire
parce qu’elle atteint les enfants qui sont propres la nuit depuis six mois ou
plus avant l’apparition des incontinences nocturnes. Elle serait possiblement
due à un stress inhabituel survenant lors d’une période d’instabilité dans la
vie de l’enfant. Des événements tel un divorce des parents ou la naissance
d’un autre enfant dans la famille semblent des événements fréquemment associés
à l’apparition d’énurésie nocturne(1).
Lorsque l’énurésie nocturne est
suspectée chez un enfant, d’autres éléments méritent une évaluation médicale
minutieuse. Le plus souvent l’énurésie est idiopathique. La constipation,
l’infection urinaire, l’insuffisance rénale chronique, la polydipsie et le
diabète sont différentes conditions qui doivent êtres éliminées afin de
diagnostiquer les 2% d’énurésie non idiopathique. Le diagnostic se fait à
partir de l’histoire de l’enfant, de l’examen physique et de l’analyse des urines. Lors de l’histoire, certains points doivent êtres
clarifiés tels que la présence de symptômes durant le jour, les intervalles où
l’enfant a été au sec pour la nuit complète, les antécédents familiaux, la
fréquence des symptômes nocturnes, des mictions et des selles et l’histoire
médicale et sociale de l’enfant. Sur le plan psychologique, l’énurésie se
traduit fréquemment par une baisse marquée de l’estime de soi de l’enfant atteint(3). L’enfant et sa famille doivent
pouvoir exprimer dans quelle mesure l'énurésie de l’enfant les affecte de même
que les mesures déjà tentées pour pallier au problème(2,4-6). L’examen physique est habituellement
normal. Il comporte un examen de l’abdomen, de la région lombaire, de la sphère
génitale, du système nerveux et une évaluation de la tension artérielle. Un test de sédimentation urinaire et une analyse des
urines afin de rechercher la présence de glucose ou d’albumine peuvent être
faits, mais il seront généralement normaux.
Traitements
De façon générale, l’énurésie se
résoudra d’elle-même chez les enfants de moins de sept ans. L’intervention à
privilégier consiste alors à rassurer l’enfant et ses parents sur la nature souvent passagère du problème. Par ailleurs,
le traitement doit être considéré lorsque l’énurésie diminue la qualité de vie
de l’enfant et ses habiletés de socialisation. C’est en considérant les
facteurs propres à chaque enfant qu’il est possible d’établir un traitement de
façon empirique. À prime à bord, les parents doivent être supportés et avisés
du fait que le problème d’énurésie est bien involontaire de la part de leur
enfant. L’équipe médicale doit déculpabiliser l’enfant et ses parents face
à la situation. La prise en charge de l’énurésie peut s’effectuer par une seule
méthode ou une combinaison de l’une des options suivantes : la thérapie
motivationnelle, l’entraînement vésical, le journal des apports liquidiens ou
les alarmes comportementales. La littérature recommande de tenter ces options
pour une période variant de trois à six mois(1). Dans l’éventualité où les
options précédentes sont insuffisantes ou pour un traitement à court terme, des
options pharmacologiques restent disponibles.
Mesures
non-pharmacologiques
Thérapie
motivationnelle
La thérapie motivationnelle s’appuie sur
la responsabilisation de l’enfant face à l’incontinence nocturne en favorisant
sa motivation par l’entremise d’un système de récompenses. Les principes reposent
sur le désir de l’enfant à être gratifié ou à recevoir des récompenses
croissantes selon la durée des périodes de continences. Les calendriers avec
des autocollants pour chaque nuit au sec, puis des récompenses plus grandes
pour une semaine au sec sont des exemples possibles de récompenses qui ont atteint
des taux de succès significatifs. En effet, au moins 80% des enfants ont vu une
amélioration de leurs états et 25% n'ont plus présenté d’épisodes d’incontinence(1).
Entraînement
de la vessie
L’entraînement de la vessie consiste à demander
à l’enfant de retenir son urine pour des périodes successives de plus en plus
longue. Cette méthode convient principalement aux enfants ayant une petite
capacité vésicale. Le début de
l’intervalle correspond à l’instant où l’enfant ressent l’envie d’uriner pour
la première fois. Cette méthode a démontré un taux de succès d’environ 35% et a
entraîné une nette amélioration chez au moins 60% des enfants chez qui elle a
été tentée(1). Il est à noter que a capacité
vésicale des enfants, en millilitre, peut être aisément estimée en ajoutant deux
à l’âge de l’enfant, jusqu’à concurrence de 10 ans, et en multipliant le
résultat obtenu par 30.
Le
journal des apports liquidiens
Le suivi des apports liquidien consiste
à tenir un journal quotidien où chaque consommation de liquide est notée en vue
d’être balancé au cours de la journée. L’idée semble logique, mais cette technique
est peu utilisée en pratique. Plusieurs
auteurs recommandent aux parents de fournir à leur enfant 40% des apports
quotidiens au cours de la matinée, une part égale au cours de l’après-midi de
façon à garder seulement 20% des apports en soirée(1). Les breuvages contenant de la
caféine sont à éviter en soirée en raison de leurs propriétés diurétiques. Le
principal avantage de ce système est de favoriser le flot urinaire durant
l’entraînement de la vessie. Cette méthode échelonnée sur 24 heures doit être
privilégiée à la restriction des apports seulement en soirée, qui est
habituellement inefficace.
Alarmes
comportementales
À l’origine, la méthode d’entraînement
pour être au sec la nuit s’adressait aux adultes et consistait en des réveils
systématiques fréquents au cours de la nuit pour offrir de se rendre à la salle
de bain. L’utilisation d’un simple réveil-matin a été tentée chez 125 enfants souffrant
d’énurésie et motivés à poursuivre le traitement pour quatre mois(7). Dans cette étude, 54% des
enfants qui réglaient l’alarme à l’heure critique habituelle de leur
incontinence ont cessé de mouiller leurs lits et 75% ont maintenu leurs acquis
pour au moins six mois après l’arrêt du traitement. Cette pratique a cependant été
abandonnée et remplacée par l’introduction d’alarmes déclenchées par des
détecteurs d’humidité provoquée par l’incontinence. Ceci représente donc une
alternative aux éveils systématiques et remporte également un succès significatif.
Les alarmes sont munies de détecteurs d’humidité qui déclanche un son ou une
vibration auquel l’enfant est conditionné à inhiber la vidange de sa vessie. La
responsabilisation à part entière de l’enfant favorise les chances de succès.
La routine de l’enfant consiste à cesser l’alarme et à se rendre à la salle de
bain pour uriner. Ensuite, il retourne à sa chambre, change ses vêtements et
son lit, replace le détecteur et règle l’alarme à nouveau. L’alarme doit être
utilisé jusqu’à ce que l’enfant passe de 21 à 28 nuits consécutives au sec, ce
qui prend en moyenne entre 12 et 16 semaines(1,3-5). Étudiée pendant
12 semaines chez un groupe de 28 enfants âgés de sept ans ou plus,
l’utilisation de l’alarme munie d’un détecteur d’humidité a permis une
amélioration significative de la capacité fonctionnelle nocturne de la vessie(5).
Les auteurs ont également souligné que cette amélioration expliquerait le fait
que 70% des enfants participant à l’étude n’avaient plus besoin de se lever la
nuit pour uriner. Les principaux inconvénients de telles alarmes sont
l’irritation locale de la peau de l’enfant, les perturbations du sommeil des
autres membres de la famille et l’échec de l’alarme à éveiller l’enfant. En
général, les bénéfices d’une alarme déclenchée par un détecteur d’humidité ne
surpassent pas ceux d’un simple réveil-matin puisque ce dernier est d’une
efficacité similaire pour un coût moindre et une facilité d’accès supérieur(7). Concrètement, le coût de
telles alarmes s’élève à environ 240$ pour une période de trois mois et peut
être remboursée par plusieurs compagnies d’assurances privées. Fait à noter,
certains fournisseurs d’alarmes produisent également des sites internet à
partir desquels les enfants peuvent remplir des fiches descriptives des
mictions nocturnes et obtenir une fiche de suivi personnalisée permettant de
stimuler la motivation de l’enfant.
Mesures
pharmacologiques
Avant tout, il est important d’insister
sur la mise en place de mesures non pharmacologiques et de réserver les
traitements pharmacologiques pour les patients n’ayant pas obtenus de succès
avec les premières mesures ou les cas plus difficiles.
La desmopressine
(DDAVPMD) est un analogue syntétique de la vasopressine qui entraîne
une inhibition de la production d’urine.
Il s’agit du médicament le plus souvent utilisé pour traiter l’énurésie nocturne(8). Depuis les années 1990,
elle est utilisée avec succès pour traiter l’énurésie nocturne que plusieurs
auteurs tendent à attribuer à un trouble circadien de sécrétion de la vasopressine
chez les enfants aux prises avec ce problème. La desmopressine est généralement
débutée par un comprimé de 0,2 mg une fois par jour en soirée et la dose peut
être augmentée jusqu’à 0,6 mg en une seule prise. La desmopressine est aussi
disponible par voie intranasale. La posologie habituelle est d’une vaporisation
de 20 mcg par narine au coucher et peut-être augmentée jusqu’à deux vaporisations
par narine.Les études ont démontré que 25% des enfants ont réussi à éliminer
complètement les incontinences nocturnes et qu’au moins 50% ont diminué le
nombre de nuits où ils ont mouillé leurs lits(1).
La desmopressine est, par contre, une option dispendieuse et a démontré un taux
de rechute supérieure aux alarmes nocturnes lors de l’arrêt du traitement. À ce
jour, trop peu de données sont disponibles pour comparer l’utilisation de la
voie orale à la voie intranasale.
La desmopressine est généralement bien tolérée bien, que quelques
cas de rhinite aient été rapportés dans la littérature lors de l’administration
intranasale.
Antidépresseurs
tricycliques
L’amitriptyline, la désipramine et
surtout l’imipramine sont trois antidépresseurs reconnus depuis les années 1960
pour leur efficacité dans le traitement de l’énurésie nocturne. Ils agissent en
favorisant la libération de vasopressine, en relaxant le muscle du détrusor et
en diminuant la durée des intervalles de sommeil Rapid Eye Movements (REM). L’imipramine serait supérieure à l’amitriptylline,
selon une étude inclue dans une revue de la littérature du groupe Cochrane(8). La dose d’imipramine
recommandée varie entre 0,9 et 1,5 mg/kg par jour et doit être administrée au
coucher. En moyenne, les symptômes des enfants âgés entre cinq et huit ans sont
contrôlés avec 25 mg, ceux âgés entre huit et douze ans avec 50 mg et les plus vieux
avec 75 mg par jour(1). L’effet de l’imipramine est très rapide si
la dose est ajustée adéquatement. Elle peut donc être cessée et considérée
inefficace si aucune amélioration n’est notée après trois semaines de
traitement. Le succès du traitement avec les antidépresseurs tricycliques est
équivalent à celui de la desmopressine. Au même titre, plusieurs enfants
rechutent lors de l’arrêt de l’antidépresseur. La prise d’imipramine peut
entraîner de la nervosité, des changements de personnalité et des désordres du
sommeil chez une partie des enfants sous traitement.
Indométhacine
L’indométhacine est rarement utilisé
dans le traitement de l’énurésie. Un des mécanisme
d’action proposé est la diminution, par l’indométhacine, de l’inhibition engendrée
par les prostaglandines en réponse à la vasopressine endogène. Ceci entraînerait
une amélioration des fonctions vésicales. Utilisée dans une étude contrôlée par
placebo, l’indométhacine a démontré une plus grande réduction du nombre de
nuits où les enfants ont mouillé leurs lits(1).
Au niveau des effets indésirables, des brûlements légers au niveau du rectum
ont été rapportés dans une étude avec l’utilisation des suppositoires
d’indométhacine 8).
Toltérodine
La toltérodine est un anticholinergique
utilisée pour diminuer les symptômes dus à une vessie hyperactive chez
l’adulte. L’efficacité et la sécurité de ce médicament ne sont pas encore
démontrées chez l’enfant. Une étude a tenté de connaître la pertinence de substituer
l’oxybutinine par la toltérodine du point de vue efficacité et tolérance chez
des enfants avec une instabilité du détrusor(9).
Les enfants présentaient de l’incontinence diurne avec ou sans manifestations
nocturnes. Les chercheurs ont obtenu une réponse thérapeutique complète chez 24
des 30 enfants (80%) en utilisant une dose de 1 mg chez les sujets avec un
poids inférieur à 40 kg et une dose de 2 mg pour les plus de 40 kg. D’autres
études sont nécessaires pour situer la toltérodine parmi les alternatives de
traitements possibles.
Autres
médicaments
Les évidences de diminution du nombre de
nuits où l’enfant mouille son lit n’ont pas encore été démontrées avec d’autres
médicaments que la desmopressine et les antidépresseurs tricycliques(8).
Seules la desmopressine et l’imipramine permettent d’atteindre des taux de
réponses thérapeutiques chez 30-70% des enfants quant à la réduction du nombre
de nuits où ils mouillent leurs lits(10). Dans le passé, des
stimulants, comme les amphétamines, et des tranquillisants, tel le diazépam,
ont été tentés pour modifier le niveau du sommeil chez les enfants avec une
instabilité du detrusor(8). De
telles pratiques sont maintenant abandonnées en raison des effets indésirables
importants qu’elles entraînaient chez les enfants.
L’oxybutinine et les autres médicaments
ayant des propriétés anticholinergiques se sont avérés inefficaces dans le
contrôle des incontinences nocturnes chez les enfants. Par contre, ces agents
peuvent être des adjuvants précieux lorsque l’enfant présente également des
incontinences diurnes de type urgence mictionnelle. En effet, une étude menée
chez 22 enfants âgés entre six et 12 ans combinant un antidépresseur
tricyclique (imipramine ou amitriptyline) et un anticholinergique (oxybutinine
ou propiverine) a démontré une réduction de 71,9% (p < 0,01) du nombre de
nuits sans mouiller le lit et le traitement a été considéré efficace pour 90,9% des enfants(4). Les principaux effets
indésirables rapportés suite à la prise d’oxybutinine sont des étourdissements,
des vertiges, de la xérostomie et des troubles digestifs(8).
En résumé, il est important de suivre
certaines recommandations clés lors de la prise en charge d’un enfant
présentant de l’énurésie nocturne. D’abord, il est important de garder à
l’esprit que le meilleur traitement pour l’enfant de moins de sept ans est la
réassurance et les explications sur la résolution spontanée fréquente de
l’énurésie. Si l’enfant nécessite une thérapie, la motivation et les thérapies
comportementales impliquant une participation de ce dernier sont généralement
suffisantes. Les alarmes et les traitements pharmacologiques devraient êtres
réservés aux enfants qui souffrent toujours d’incontinences nocturnes après six
mois d’essai des mesures précédentes. Au plan pharmacologique, la desmopressine
est efficace pour le traitement à court terme de l’énurésie. Les
antidépresseurs tricycliques sont également efficaces, mais demeurent une
alternative à la desmopressine en raison de leur potentiel d’effet indésirables
élevés et du taux élevé de rechute lors de l’arrêt du traitement.
Préparé par : Julie Grenier,
candidate à la maîtrise en pharmacie d’hôpital, CHUL du CHUQ
Révisé par : Chantal Duquet,
pharmacienne, CHUL du CHUQ
Références
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UpToDate Online. (Page consultée le 28 décembre 2004) Management of nocturnal enuresis in children [En ligne]. Adresse
URL : http://www.utdol.com
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