Tramadol/Acétaminophène (TRAMACETMD) : un
analgésique central
Le TramacetMD
est un nouvel antalgique combinant l’acétaminophène à
l’analgésique d’action centrale nommé tramadol. Il
est commercialisé au Canada depuis juillet 2005 par la compagnie Janssen-Ortho, sous la forme d’un comprimé comprenant 325
mg d’acétaminophène et 37,5 mg de tramadol
(1).
Le TramacetMd
est indiqué au Canada pour le traitement de courte durée (cinq jours ou moins)
de la douleur aiguë (1). Il est à noter que, son principe actif
opioïde, le tramadol, est commercialisé depuis 1977
en Allemagne. Il est disponible aux États-unis depuis 1995 et est indiqué
également pour le traitement de la douleur modérée à modérément sévère (2).
Les applications thérapeutiques internationales
du tramadol englobent le traitement d’une multitude
de pathologies dont les douleurs post-opératoire, dentaire, abdominale,
lombaire, neuropathique, rhumatologique, néoplasique,
chronique, musculosquelettique et cardiaque. Il est
également utilisé en anesthésie et en pédiatrie (3).
La prise en
charge de la douleur aiguë et chronique est importante non seulement pour le
bien-être du malade, mais également afin de prévenir les complications qui y
sont reliées ainsi que la morbidité à long terme(4). La réponse aux
stimuli nociceptifs implique un processus
multifactoriel faisant référence autant à des mécanismes centraux que
périphériques. Ainsi, plusieurs neurotransmetteurs et récepteurs participent à
la transmission et la modulation de la douleur (4). Les analgésiques
opiacés agissent sur le système nerveux central via les récepteurs opiacés (m, k,
d)
en modulant la transmission de la douleur. L’impact du récepteur µ est
cliniquement significatif puisqu’il a un effet à la fois sur l’analgésie, la
dépression respiratoire, le ralentissement de la motilité gastro-intestinale et
l’inhibition du réflexe de la toux (5,6).
Le TramacetMD est composé d’acétaminophène,
un analgésique non opioïde et non salicylé qui semble agir principalement en
inhibant l’enzyme cyclo-oxygénase au niveau central (1).
Le TramacetMD est également composé de tramadol, un analgésique opioïde synthétique à action
centrale dont l’effet antinociceptif est à la fois
opioïdergique et monaminergique puisqu’il inhibe la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline et
augmente la libération présynaptique de la sérotonine
au niveau des voies inhibitrices descendantes de la douleur. Cette action
spinale est principalement médiée par les
énantiomères de la molécule mère (7-9). Le tramadol
possède par ailleurs l’avantage de ne pas causer de libération d’histamine, et
de ne pas avoir d’effet sur la synthèse des prostaglandines. Il n’induit donc
pas de saignement gastro-intestinal, de bronchospasme ou une réduction de
l’activité plaquettaire (3).
Par leurs mécanismes d’action et
paramètres pharmacocinétiques complémentaires, l’association de ces deux
analgésiques permet de produire un effet plus rapide, supérieur et plus
persistant à celui obtenu par l’administration séparée des deux composantes (10).
Le tableau I présente les principaux paramètres
pharmacocinétiques du TramacetMD.
TABLEAU
I : Paramètres pharmacocinétiques lors de l’administration orale(1,11-13)
|
|
Tramadol racémique |
Métabolite
M1 du Tramadol |
Acétaminophène |
Début d’action
|
15-45
min |
|
30
min |
|
Biodisponibilité |
75%a |
|
60-98% |
|
Tmax |
2
h |
3
h |
1
h |
|
T
½ |
» 6h |
8
h |
2-3
h |
|
Distribution |
(100
mg IV) 2,6 l/kg hommes 2,9 l/kg femmmes |
|
l-2L/kg |
|
Métabolisme |
60% : O-déméthylation, N-déméthylation Glucoroconjugaison, Sulfoconjugaison CYP
2D6(majeur), 3A4(mineur) |
> 90% : Glucuroconjugaison Sulfoconjugaison CYP 1A2, 2A6, 2C8/9, 2D6, 2e1, 3A4 (mineurs) |
|
|
Élimination |
30
% urine |
60
% urineb |
< 9 % |
|
Liaison aux protéines
plasmatiques |
20
%c |
|
10-30% |
|
a : La biodisponibilité des comprimés de TramacetMD n’a pas été déterminée. La valeur
présentée ci-dessus a été obtenue après une dose orale unique 100 mg de tramadol HCl [
b : pourcentage comprenant l’élimination de tous les
métabolites [ c : la liaison aux protéines est indépendante
jusqu’à une concentration plasmatique de
10 ug/ml de produit. La saturation de la
liaison aux protéines ne s’observe qu’à des doses en dehors de la gamme posologique utilisée en clinique |
|||
Le métabolisme
du tramadol entraîne la formation de 23 métabolites
dont le produit majeur est le métabolite O-desméthyltramadol
( M1)(8). Ce dernier exerce une activité antinociceptive et possède une affinité pour les récepteurs
m
jusqu’à 300 à 400 fois plus grande que la molécule mère (quoique 100 fois
moindre que la morphine), et un effet analgésique six fois plus puissant que
celle-ci(1,14). Le tramadol est un opioïde de faible puissance. Son affinité
pour le récepteur m
est 10 fois moindre que la codéine et 6000 fois moindre que la morphine(3).
TABLEAU II : Principales
interactions rencontrées avec TramacetMD(1,3,15,16)
Médicaments
|
Interaction
|
|
Barbituriques |
¯ effet analgésique du tramadol, hépatotoxicité de ACT, ¯ concentration ACT |
|
Carbamazépine |
¯ effet analgésique du tramadol risque de convulsions et hépatotoxicité
de ACT |
|
Coumariniques |
RNI/prothrombine |
|
Digoxine |
Rares cas d’intoxication digitalique |
|
Inhibiteurs 2D6 |
¯ effet analgésique du tramadol** |
|
Médicaments abaissant le seuil de
convulsion |
Possibilité de risque de convulsions (amphétamines,
linézolide, IMAOC, naloxone,
neuroleptiques, opioïdes, ISRSA, antidépresseurs tricycliques) |
|
Médicaments sérotoningergiques |
Possibilité de risque de syndrome sérotoninergique (antidépresseurs tricycliques, ISRS, IMAO,
lithium, buspirone, anorexiants,
millepertuis, précurseurs des monoamines) |
|
Ondansetron |
Possibilité d’une ¯ de l’efficacité du tramadol
par action antagoniste au niveau des récepteurs sérotoninergiques |
|
Quinidine |
Concentration tramadol B |
|
Rifampin |
Peut clairance de ACT |
|
Sulfinpyrazone |
hépatotoxicité et ¯ concentrations de ACT |
|
Aliments |
Retard
dans le Tmax mais pas dans le Cmax
ni la biodisponibilitéB |
|
Médicaments avec effet dépresseur du système nerveux
central |
Effet
additifs de dépression du système nerveux central, particuilèrement
avec la co-administration d’opioïdes et de neuroleptiques |
|
Afluoxétine, paroxétine, sertraline, citalopram Bimpact clinique inconnu C tranylcypromine diminue l’effet du tramadol
en plus d’augmenter significativement sa toxicité Note : ACT : acétaminophène ISRS : inhibiteur sélectif de la recapture
de la sérotonine, IMAO : inhibiteur
de la monoaminé oxydase |
|
L’efficacité du
tramadol, seul ou en combinaison, a été étudiée, dans
une multitude de conditions impliquant la douleur, allant de l’atteinte
ophtalmique au traitement à long terme de la douleur cancéreuse ainsi que chez
l’enfant. La molécule a également été étudiée chez la clientèle pédiatrique.
L’efficacité du tramadol en douleur aiguë est bien
établie dans des études portant principalement sur le traitement de la douleur
post-opératoire ou dentaire (10,17). Lors de la comparaison du tramadol avec la morphine, dans le traitement de la la douleur
chronique, les résultats d’efficacité étaient mitigés puisque l’efficacité du tramadol était parfois équivalente à la morphine mais
parfois inférieure. Par contre, la tolérabilité du tramadol était significativement supérieure (18).
L’efficacité du tramadol dans la douleur neuropathique serait supérieure au placebo et comparable à
celui des anticonvulsivants ou antidépresseurs
tricycliques. Cependant, il manque encore des études cliniques afin de pouvoir
certifier l’efficacité du tramadol dans cette
indication (19). L’efficacité et la tolérabilité
du tramadol a été étudiée surtout en traitement de
courte durée chez les enfants. Le tableau III présente quelques études
effectuées soit avec le tramadol ou le TramacetMD.
Tableau III : Études cliniques portant
sur le tramadol ou TramacetMD
|
Référence (Douleur traitée) |
Type
d’étude |
N durée |
Traitements |
Paramètre |
Résultats |
|
Douleur chronique |
|||||
|
Schnitzer 1999(20) (Adjuvant) OA |
Randomisée Double insu (8 sem) |
236 13 sem |
T 200 mg/jr + naproxen dme Placebo + naproxen
dme |
Dose nécessaire de naproxen
pour contrôler douleur |
T : 221 mg P : 407 mg p = 0.021 |
|
Peloso 2004(21) Lombaire |
Randomisée Double insu |
336 91 j |
Tc 1-2 co qid Placebo |
Scores à l’échelle visuelle analogue Score de base: 67.8 |
Tc : 47.4 P : 62.9 p < 0.001 |
|
Mullican 2001(22) Lombaire
& OA |
Randomisée Double insu |
462 4 sem |
Tc 1-2co q4-6h prna CT 1-2co q4-6 h prna |
Différence entre les scores de douleur |
NS |
|
Grond 1999(23) Cancéreuse |
Non randomisée |
1658 »24000 j |
T 300-600
mg/j Morphine 10-60 mg/j |
Score à l’échelle visuelle analogue |
27 ± 21 26 ± 20 p = NS |
|
Tawfik 1990(24) (Dlr sévère) Cancéreuse |
Randomisée Double insu |
53 8 sem |
T 217-232 mg/j Morphine LA 50-71 mg/j |
% de patients avec bonne analgésie (2 premières sem) |
T 88 % M 100 % |
|
Brema 1996(25) Cancéreuse |
Randomisée |
131 6 mois |
T 100-400 mg/j Bu 0.2-0.8 mg/j |
% de patients avec bonne analgésie après 1 sem |
51.6 % 33.3 % p < 0.05 |
|
Douleur neuropathique |
|||||
|
Harati 1998(26) Diabétique |
Randomisée Double insu |
131 42 j |
T 97-323mg/jb Placebo |
Intensité moy douleur sur
échelle visuelle analogue |
T : 1.4 P : 2.2 p < 0.001 |
|
Boureau 2003(27) Post-herpétique |
Randomisée Double insu |
127 6 sem |
T 100-400 mg/j Placebo |
Intensité moy de douleur
sur échelle visuelle analogue |
T : 21.6 P : 30.6 p = 0.031 |
|
Douleur aiguë en pédiatrie |
|||||
|
Roelofse 1999(28) Extraction dentaire |
Randomisée Double insu |
60 4-7 ans --- |
T 1.5 mg/kg x 1 dose pré-op Placebo |
Score à l’échelle de douleur OFS converti |
T < P p < 0.05 |
|
Pendeville 2000(29) Amygdalectomie |
Randomisée Double insu |
50 2-9 ans 3 j |
T 2.5 mg/kg bid-tid Ac 15 mg/kg bid-tid |
Scores de douleur CHEOPS |
T < P p < 0.05 |
|
Rose JB 2003(30) Varié |
Ouverte |
114 9-16 ans 7-30 j |
T 1-2 mg/kg q 4-6h Max 8mg/kg/j ou 400mg/j |
% patients avec ¯ douleur 1h après dose de T |
64-78 % |
|
a : maximum 8 à 10 comprimés par jour b : doses
moyennes journalières Bu : buprenorphine Ac : acétaminophène en suppositoires CHEOPS : Children's Hospital Eastern Ontario Pain Scale CT : codéine 30 mg / acétaminophène 300 mg dme : dose minimale
efficace J : jours M :
morphine moy :
moyenne N : nombre de
patients OA : ostéoarthrite OFS :
Ouchers Faces pain Scale P : placebo T : tramadol Tc : tramacet
|
|||||
Les réactions
indésirables liées à l’utilisation du TramacetMD
ont été répertoriées pour des durées de traitement allant jusqu’à 90 jours.
Elles apparaissent habituellement en début de traitement, s’atténuent par la
suite et affectent principalement le système nerveux central et l’appareil
digestif (1,14). Les plus fréquents sont les suivants : nausées
(13 à 22%), étourdissements (12 à 16%), constipation (5 à 13%), vomissements (4
à 8%), céphalées (8 à 13%) et somnolence (9 à 13%), sécheresse buccale (5%),
dyspepsie (5%), diarrhée (5%), stimulation du système nerveux central (3 à 7%),
insomnie (2 à 5%), prurit (4 à 6%), fatigue (3 à 5%) et infection des voies
respiratoires supérieures (1 à 7%) (1). De rares réactions
allergiques graves (anaphylactoïdes, Stevens-Johnson,…) ont été rapportés ; ces réactions ont tendance à se manifester suite à l’administration
de la première dose et sont peu fréquentes. D’ailleurs, le risque de développer
une réaction d’hypersensibilité au tramadol est
inférieur à 1 %(1).
Le tramadol ne crée pas d’effet euphorisant, et son potentiel
d’abus ainsi que l’incidence des réactions de sevrage sont
faibles (7,31-33). C’est pour cette raison que le TramacetMD n’est pas classé au Canada comme
étant un narcotique ou un médicament contrôlé. Le nombre de jours de traitement
serait un facteur mineur dans le développement de la dépendance au tramadol (32). L’initiation et l’arrêt graduel
du traitement ont été prouvés efficaces pour prévenir l’apparition des
symptômes de sevrage (5,33). Les symptômes de sevrage les plus
fréquents sont les suivantes: anxiété, transpiration, insomnie, frissons,
douleurs, nausées, tremblements, diarrhée, symptômes respiratoires supérieurs
et piloérection. On peut constater plus rarement des
hallucinations, des attaques de panique, de l’anxiété sévère et des
paresthésies (1).
TramacetMD est contre-indiqué dans toutes les
situations où les opioïdes sont à proscrire, y compris en cas d’intoxication
aiguë par alcool, hypnotiques, narcotiques, analgésiques à action centrale,
opioïdes ou psychotropes. Il est aussi contre-indiqué chez les personnes ayant
déjà présenté une réaction d’hypersensibilité au tramadol,
à l’acétaminophène, aux opioïdes ou à tout autre
composante du produit, que ce soit des réactions allergiques cutanées,
respiratoires ou cardio-vasculaires (1,34).
L’incidence des
convulsions avec le tramadol est très faible. Ces
dernières se produisent habituellement après une intoxication au médicament,
chez les patients épileptiques, avec des antécédents de crises épileptiques ou
encore des individus à risque de convulsions (traumatisme crânien, troubles
métaboliques, sevrage d’alcool ou de drogues, infections du SNC) ou consommant
des médicaments qui abaissent le seuil de convulsion. Le tramadol
administré seul ne crée pas de convulsions mais l’administration de naloxone lors d’intoxication au tramadol
augmente le risque de convulsion. Notons que ce médicament ne renverse l’effet
du tramadol qu’à 30% (1,14,35).
D’après les indications
canadiennes, TramacetMD devrait être pris
pour un maximum de cinq jours à raison de 1 à 2 comprimés aux 4 à 6 heures au
besoin, sans égard aux repas et sans dépasser la dose maximale de huit
comprimés par jour(1). TramacetMD ne devrait pas être pris de façon
concomitante avec l’alcool et sa dose devrait être réduite lorsqu’administré
avec d’autres dépresseurs du système nerveux central. La puissance relative des
opioïdes en comparaison avec le tramadol est
présentée au tableau IV. Les patients avec une clairance de la créatinine
inférieure à 30ml/min ne devraient pas prendre plus de deux comprimés par 12
heures. Le TramacetMD devrait être évité
en insuffisance hépatique (1).
Le tramadol traverse le placenta; les concentrations plasmatiques dans la veine ombilicale correspondant à 80% de celles de la mère. Quelques cas de crises convulsives et de syndrome de sevrage néonatal ainsi que de mort fœtale ont été signalés en post-commercialisation du produit. Ainsi, son utilisation devrait être évitée chez la femme enceinte, à moins que les bénéfices surpassent les risques du traitement (1,8). Le tramadol, ainsi que son métabolite actif, sont tous les deux excrétés dans le lait maternel. L’utilisation du TramacetMD chez les femmes qui allaitent n’est pas recommandée puisque son innocuité chez les nourrissons et les nouveau-nés n’a pas été suffisamment étudiée. Pour l’instant, TramacetMD n’est pas indiqué au Canada chez la clientèle pédiatrique (1,36).
TABLEAU
IV : Rapports d’équi-analgésie du tramadol aux opioïdes
Analgésique
|
Rapports d’équi-analgésie
du tramadol aux opioïdes |
Durée d’action (h) |
|
Codéine |
1:1 |
3 à 6 |
|
Morphine |
Oral 5 :1
|