Voriconazole (VfendMD)
Le
voriconazole (VfendMD) est le quatrième représentant d’une famille
d’antifongique: les azoles(1).
Ce produit est disponible sur le marché canadien depuis août 2004 et il
est commercialisé par la compagnie Pfizer Canada Inc(2).
Indications
Le
voriconazole est approuvé par Santé Canada pour l’aspergillose invasive (1). De plus, depuis l’automne 2005, Santé Canada
a approuvé son utilisation dans le traitement de la candidémie et des
infections à Candida suivantes: infections disséminées de la peau, infections
de l’abdomen, du rein, de la paroi vésicale et des plaies (1).
Pharmacologie/pharmacocinétique
Mécanisme d’action
Le
voriconazole inhibe la 14-alpha-stérol déméthylase, une enzyme du cytochrome P450
fongique. Cette inhibition entraîne une
déplétion en ergostérol et conséquemment cela affecte l’intégrité de la
membrane des cellules fongiques.
L’inhibition de cette enzyme provoque aussi une accumulation de
précurseurs stérols toxiques (3).
La différence entre le fluconazole et le voriconazole s’expliquerait par
une substitution sur la fraction triazole d’un groupe fluoropyrimidine(4).
Paramètres pharmacocinétiques
Le
voriconazole a une biodisponibilité de 96 % lorsque pris à jeun par la voie orale
(1). En présence de nourriture, la
biodisponibilité de celui-ci est diminuée de 22 % et l’absorption est retardée
d’environ 1,1 heures (5). Comme
pour le fluconazole, son absorption n’est pas influencée par les variations du
pH gastrique (1). Une
concentration sérique maximale (Cmax) de voriconazole est obtenue
après une heure, lorsque administrée par la voie intraveineuse et entre 1,5 à trois
heures lorsque donnée par la voie orale (4). Le voriconazole semble
présenter une distribution importante au niveau des tissus, étant donné qu’à
l’équilibre, son volume de distribution est de 4,6 L/kg(6). La liaison aux protéines plasmatiques est d’ailleurs
peu importante, la fixation serait d’environ 58 %(6). La biotransformation de cette molécule se
fait intensivement au foie, principalement par le cytochrome P450 et 2C19 et
dans une moins grande importance, par les cytochromes P4503A4 et 2C9 (4). De plus, il faut savoir qu’il existe un
polymorphisme génétique sur le cytochrome P450 et 2C19 (1). Plus précisément, il y aurait entre 15 à 20 %
de métaboliseurs lents dans la population asiatique, mais seulement entre 3 à 5
% chez les personnes de race blanche ou noire (1). Des études auraient démontré que l’aire sous
la courbe (ASC) serait en moyenne quatre fois plus élevée chez les métaboliseurs
lents que les métaboliseurs rapides (1). Huit métabolites ont été identifiés jusqu’à
présent et 72 % de ces métabolites sont un dérivé N-oxyde dont l’activité
antifongique minime ne contribue pas à l’activité globale du voriconazole(6).
D’ailleurs, tous ces métabolites sont
éliminés à 80 % dans les urines et à 20 % dans les selles (6). Il y a seulement 2 % de la molécule mère qui
se retrouve inchangée dans les urines (6). Le voriconazole a un temps de demi-vie
d’environ six heures, mais il faut être prudent, étant donné que son
métabolisme est saturable, ce qui provoque une pharmacocinétique non
linéaire (1).
Spectre d’action
Le
voriconazole est un antifongique triazole à large spectre, il est donc efficace
contre les pathogènes fongiques communément rencontrés. Des études in vitro et in vivo
démontrent une activité significative contre les pathogènes fongiques suivants:
l’Aspergillus, le Candida, le Fusarium,
le Cryptococcus neoformans, le Bipolaris, le Scedosporium apiospermum,
l’Histoplasma capsulatum et le Saccharomyces cerevisiae(4). Plus précisément, il a une activité contre la
plupart des espèces de Candida, c’est-à-dire l’albicans, le glabrata, le krusei, le tropicalis et le parapsilosis(7). Les concentrations minimales inhibitrices
(CMI) du C. glabrata et du C. krusei
sont habituellement plus élevées que les autres espèces de Candida(7). Il faut dire, par contre, qu’il est difficile
actuellement d’interpréter les CMI, puisqu’il n’existe pas encore de relation claire
entre les CMI du voriconazole et son activité sur un pathogène fongique donné
(7).
Des
résultats suggèrent que le voriconazole a une activité fongistatique sur les
espèces du Candida, comme les autres azoles d’ailleurs (8). Par contre, pour ce qui est des espèces de l’Aspergillus, le voriconazole aurait
une activité fongicide, caractéristique importante pour la clientèle
immunosupprimée(9).
Essais cliniques
Le tableau I présente les études cliniques
impliquant le voriconazole.
|
Référence |
Type d’étude |
Population |
Traitements |
Mesures |
Résultats |
|
Thérapie primaire de l’aspergillose invasive
(confirmé ou probable) |
|||||
|
Herbrecht et coll.(10) |
Randomisée Ouverte Multicentrique |
277 patients
immunosupprimés ≥ 12 ans |
V 6 mg/kg IV q12h x 2
doses, puis 4 mg/kg IV q12h x ≥ 7 jours, puis 200 mg PO bid ou AB 1-1,5 mg/kg IV die x
≥ 2 semaines, puis autre traitement homologué contre l’aspergillose
invasive |
RTP des symptômes à 12
semaines |
V: 52,8 %* AB: 31,6% |
|
Survie à 12 semaines |
V: 70,8 %* AB: 57,9% |
||||
|
Traitement de la candidose invasive |
|||||
|
Kullberg et coll.(11) |
Randomisée Multicentrique Étude de non infériorité |
370 patients non
neutropéniques ≥ 12 ans |
V 6 mg/kg IV q12h x 2
doses, puis 3 mg/kg IV q12h x ≥ 3 jours, puis 200 mg PO bid ou AB 0,7-1,0 mg/kg IV die x ≥
3 jours mais maximum 7 jours, puis F 400 mg/jour |
EM/CG à 12 semaines
(objectif primaire) |
V: 41 %NI AB: 41 % |
|
EM/CG à la dernière visite
(objectif secondaire) |
V: 65,5 %I AB: 71,3% |
||||
|
Traitement de la neutropénie fébrile |
|||||
|
Walsh et coll.(12) |
Ouverte Randomisée Multicentrique Étude de non infériorité |
837 patients entre 12-82
ans ayant subit une chimiothérapie ou transplantation |
V 6 mg/kg IV q12h x 2
doses, puis 3 mg/kg IV q12h x ≥ 3 jours, puis 200 mg PO bid ou ABL 3 mg/kg IV die |
Objectif primaire en 5
éléments§ |
V: 26 %I ABL: 31% |
|
Traitement de la candidose oesophagienne |
|||||
|
Ally et coll.(13) |
Double aveugle Randomisée Multicentrique Étude de non infériorité |
391 patients entre 18-75 ans
étant immunosupprimés |
V 200 mg PO bid avec
placebo ou F 400 mg die avec placebo x
1 dose, puis F 200 mg die avec placebo |
Oesophagite guérie ou
améliorée à la fin du traitement (analyse primaire per protocole chez 256 patients) |
V: 98,3%NI F: 95,1 % |
Note :
AB: amphotericine B désoxycholate, ABL: amphothéricine B liposomique; *:
différence statistiquement significative; EM/CG: éradication
mycologique/cliniquement guéri; F: fluconazole; I: inférieur; NI: non
inférieur;
§:
pas d’infection fongique perthérapeutique, RTP: résolution totale ou partielle;
V: voriconazole; survie ≥ 7 jours après la fin du traitement, pas d’abandon
prématuré, résolution de la fièvre, traitement de toute infection fongique initiale
Réactions indésirables / Interactions
Les
effets indésirables les plus souvent signalés lors des études cliniques sont
les troubles visuels (30 %), les éruptions cutanées (6 %), les nausées (5,9 %),
les vomissements (4,8 %), les céphalées (3,2 %), les douleurs abdominales (1,7
%), les diarrhées (1,1 %) et l’oedème périphérique (1). Les troubles visuels, l’effet indésirable le
plus fréquemment rencontré lors du traitement au voriconazole, consisterait à
une vision brouillée, un changement de la perception des couleurs et une photophobie. Ces troubles peuvent se produirent à tout
moment durant le traitement et se résorbent habituellement spontanément en l’espace
de 60 minutes. Ils sont habituellement
considérés bénins, quoique quelques cas de perte de vision aient été rapportés
lors de pharmacovigilances (1).
Les éruptions cutanées sont souvent d’intensité légère à modérée, il n’y
a donc pas lieu d’arrêter le traitement si celles-ci ne s’aggravent pas. Il faut tout de même être prudent, car de
rare cas de Stevens-Johnson ont déjà été observés (1). Les effets indésirables ayant causé le plus souvent
un arrêt de traitement sont l’augmentation des enzymes hépatiques, les éruptions
cutanées et les troubles visuels (1). La fréquence des anomalies d’importance
clinique des concentrations des transaminases est de l’ordre de 12,4 % lors des
études cliniques. Dans la plupart des
cas, ces concentrations se sont normalisées au cours du traitement, avec ou
sans modification de la dose de voriconazole.
Mais comme de rare cas d’hépatites, de cholestases et d’insuffisances
hépatiques fulminantes ont été signalés au cours d’essais cliniques, il faut alors
rester averti et cesser le traitement lorsqu’on est en présence de signes et
symptômes cliniques d’un problème hépatique (1). Il faut aussi signaler que le voriconazole a
entraîné une prolongation de l’intervalle QT chez certains patients et même de
rares cas de torsades de pointes ont été répertoriés (1). Une attention particulière devrait donc être
apportée chez les patients présentant d’autres facteurs proarythmiques.
Du
côté des interactions médicamenteuses, il faut être vigilant avec le
voriconazole. En effet, cette molécule
serait un inhibiteur du cytochrome P450 2C19, 2C9 et 3A4, cytochromes dont
dépendent plusieurs médicaments pour être métabolisés (1). Premièrement, il est contre-indiqué
d’utiliser des inducteurs enzymatiques du CYP450 comme la rifampicine,
l’efavirenz, la rifabutine, la carbamazépine, le ritonavir (400 mg ou plus par
dose) et les barbituriques à longue action, puisque ceux-ci amènent une
diminution des concentrations du voriconazole(1,4). Il est aussi contre-indiqué d’utiliser le
pimozide, les alkaloïdes de l’ergot, le sirolimus et la quinidine, puisque par
inhibition du CYP3A4, le voriconazole provoquerait une accumulation importante
de ces molécules (1,4). Il y a
aussi un risque d’accumulation de plusieurs autres molécules, dont la warfarine,
la cyclosporine, le tacrolimus, les statines, les benzodiazépines, les
sulfonylurés, les alkaloïdes de la vinca et la méthadone(1,4). Leur utilisation, en revanche, n’est pas
contre-indiquée, mais il est quand même recommandé de surveiller les signes de
toxicité. L’interaction entre la
phénytoïne et le voriconazole est bidirectionnelle, c’est-à-dire qu’elle provoque
une augmentation de la phénytoïne, mais une diminution du voriconazole(1,4). Une attention particulière doit aussi être
portée avec les inhibiteurs de la protéase et les inhibiteurs de la
transcriptase inverse. Il faut par
contre, être conscient que les interactions mentionnées dans la monographie du
voriconazole ne proviennent pas toujours d’études in vivo, mais à l’occasion d’études in vitro. Ce qui laisse
présager que certaines de ces interactions ne sont peut-être pas cliniquement
significatives, l’expérience clinique de chaque professionnel de la santé avec
cette molécule permettra donc de départager les choses.
Contre-indications/Précautions
L’administration
du voriconazole est contre-indiquée chez les sujets hypersensibles à l’une des
composantes du produit(1). De
plus, tel que mentionné plus haut, il est contre-indiqué d’utiliser la terfénadine,
l’astémizole, le cisapride, le pimozide, la quinidine, le sirolimus, l’éfavirenz,
la rifabutine, les alcaloïdes de l’ergot, la rifampicine, la carbamazépine, les
barbituriques à longue durée d’action et le ritonavir en association avec le
voriconazole(1).
Chez
les patients ayant une clairance de la créatinine inférieure à 50 ml/min, le
voriconazole intraveineux ne devrait pas être utilisé, à moins que les
bénéfices ne surpassent les risques. En
effet, chez les insuffisants rénaux modérés à sévères, il y aurait accumulation
du sulfobutyl éther beta-clyclodextrin de sodium, véhicule utilisé dans la
préparation pour perfusion, sous forme de vacuoles dans l’épithélium des
tubules proximaux du rein. Par contre,
l’effet de cette accumulation chez les humains est encore inconnu. Il est important de souligner qu’il n’y a
aucun ajustement nécessaire en insuffisance rénale chez les patients utilisant
le voriconazole par la voie orale (4). Le voriconazole devrait être évité lors de
grossesses, étant donné qu’il s’est avéré tératogène (fentes palatines,
hydronéphrose et hydro-uretère) chez les rats (1). Pour ce qui est des enzymes hépatiques et de
la bilirubine, il est recommandé de faire un bilan avant et pendant le traitement
(4).
Posologie
Les
posologies présentées au tableau II sont décrites pour un adulte n’ayant aucun
problème hépatique. Pour plus
d’informations sur les ajustements nécessaires en présence d’insuffisance
hépatique, la monographie fait des recommandations en fonction de la
classification Child-Pugh(1).
Tableau II: Posologie du voriconazole(1)
|
|
Dose d’attaque (pour 24 heures) |
Dose d’entretien (après dose d’attaque) |
||||
|
IV |
PO |
IV |
PO |
|||
|
Patients ≥ |
Patients < |
Patients ≥ |
Patients < |
|||
|
Aspergillose invasive |
6 mg/kg q12h x 2 doses |
400 mg q12h x 2 doses |
200 mg q12h x 2 doses |
4 mg/kg q12h |
200 mg q12h |
100 mg q12h |
|
Candidose invasive |
6 mg/kg q12h x 2 doses |
400 mg q12h x 2 doses |
400 mg q12h x 2 doses |
3 à 4 mg/kg q12h |
200 mg q12h |
100 mg q12h |
Coûts
Le tableau III présente les coûts
associés au voriconazole et à quelques autres traitements antifongiques.
|
Antifongique |
Coût unitaire § |
Dose |
Coût de traitement pour 1 semaine* |
Générique disponible |
Couvert RAMQ |
|
Voriconazole
IV Fiole de 200 mg |
140 $ |
6 mg/kg q12h x 2 doses, puis 4 mg/kg q12h |
2940 $ |
Non |
Médicament d’exception |
|
Voriconazole
PO Comprimé 200 mg |
47,50 $ |
2 co q12h x 2 doses, puis 1 co q12h |
760 $ |
Non |
Médicament d’exception |
|
Amphotéricine B
déoxycholate Fiole de 50 mg |
52,52 $ |
1 mg/kg die |
525,20 $ |
Non |
Oui |
|
Amphotéricine B
liposomale Fiole de 50 mg |
215,25 $(4) |
5 mg/kg die |
10 547,25 $ |
Non |
Patient d’exception |
|
Caspofongine Fiole de 50 mg Fiole de 70 mg |
440 $ 567 $ |
70 mg die x 1 dose, puis 50 mg
die |
3207 $ |
Non |
Médicament d’exception |
Note:
Coûts calculés selon la liste de médicaments publiée par
*:
pour un patient de
Place dans la thérapie
Le
voriconazole pourrait donc être utilisé en première ligne lors du traitement de
l’aspergillose invasive. En effet, l’étude
de Herbrecht et coll a démontré que la guérison et la survie étaient supérieures
dans le groupe voriconazole comparativement au traitement standard de
l’aspergillose invasive (amphotéricine B déoxycholate suivi d’un autre
traitement approuvé contre l’aspergillose invasive) (10). Un point de controverse de cette étude est
que les durées médianes de traitement sont nettement différentes entre le
voriconazole (77 jours) et l’amphotéricine B déoxycholate (10 jours). Ceci amène donc à dire que le voriconazole
est supérieur au traitement habituellement standard de l’aspergillose invasive,
mais qu’il est impossible de tirer une conclusion entre le voriconazole et l’amphotéricine
B déoxycholate seul. À cette époque, le
choix de ce comparateur était adéquat, mais actuellement, il serait pertinent
d’obtenir des études comparatives d’efficacité entre le voriconazole et l’amphotéricine
B liposomale ou la caspofongine. Dans le
traitement empirique de la neutropénie fébrile, le voriconazole n’est pas un
choix de première ligne, étant donné que dans l’étude de Walsh et coll le
voriconazole ne s’est pas avéré non inférieur à l’amphotéricine B liposomale.(12). Pour ce qui est du traitement de la candidose
invasive, l’étude de Kullberg et coll a démontré, par l’objectif primaire
d’efficacité, que le voriconazole était non inférieur au traitement d’amphotéricine
B déoxycholate suivi du fluconazole.(11). Il faut cependant souligner que le choix de l’objectif
primaire, pour comparer les deux groupes, était très discutable. L’objectif secondaire était, quant à lui,
beaucoup plus adéquat et d’ailleurs celui-ci démontrait que le voriconazole
n’était pas non inférieur au groupe de traitement comparateur. Il est alors suggéré que le voriconazole soit
plutôt une alternative aux autres traitements de la candidose invasive.
Conclusion
Le
voriconazole est donc une molécule principalement intéressante en aspergillose
invasive, ce qui en fait un médicament dont l’usage est restreint. Il est important de bien connaître les
caractéristiques de cette nouvelle molécule, afin de l’utiliser de façon
sécuritaire. En effet, il faut porter
une attention particulière à certains effets secondaires importants, aux
nombreuses interactions médicamenteuses et aux contre-indications.
Préparé par:
Yannick
Villeneuve, résident en pharmacie,
Hôpital
Saint-François d’Assise, CHUQ.
Révisé par:
François
Brouillette, B. Pharm., M. Sc.,
Hôpital
Saint-François d’Assise, CHUQ.
Références
Site consulté le 15 janvier 2006.
Site consulté le 15 janvier 2006.