L’oxcarbazépine (TrileptalMD) est un
anti-épileptique adjuvant commercialisé au Canada par la compagnie Novartis Pharmaceuticals
Canada Inc. Il est approuvé comme traitement en monothérapie chez l’adulte et
en traitement adjuvant chez l’adulte et les enfants épileptiques âgés de quatre
ans et plus ayant des crises partielles (1). Il fait partie de la
troisième génération des anticonvulsivants avec le gabapentin, la lamotrigine
et le topiramate (2). Sa mise en marché a suscité un intérêt dans le
soulagement de la douleur neurologique puisque les anticonvulsivants de la
première génération (phénytoïne et phénobarbital) et de la deuxième génération
(carbamazépine et acide valproïque) entraînent de nombreux effets indésirables
importants (2).
Mécanisme
d’action :
L’oxcarbazépine est un céto-analogue de la
carbamazépine. Elle exerce son action pharmacologique principalement par
l’intermédiaire de la 10-hydroxycarbazépine, son métabolique monohydroxylé
(MHD). On ne connaît pas le mécanisme précis par lequel l’oxcarbazépine et le
MHD exercent leur action anticonvulsivante. Toutefois, les résultats d’études
électrophysiologiques indiquent qu’ils agissent par un blocage des canaux
sodiques et calciques voltage-dépendants tout en réduisant la transmission du
glutamate, ce qui a pour effet d’entraîner la stabilisation des membranes des
neurones hyperexcités (3,4). Le métabolite MHD inhiberait aussi les
canaux potassiques (5). Le mécanisme exact par lequel
l’oxcarbazépine soulagerait la douleur d’origine neurologique n’est pas encore
élucidé. Selon une étude animale, l’oxcarbazépine exercerait son action
analgésique en antagonisant les récepteurs A1 de l’adénosine (6).
Une autre étude animale démontre que l’oxcarbazépine aurait une action
inhibitrice sur la libération de la substance P conduisant à la douleur (7).
Toutefois, le principal mécanisme qui pourrait expliquer l’effet antalgique de
l’oxcarbazépine demeure le blocage des canaux sodiques et des canaux
calciques, en particulier ceux de type N que l’on retrouve au niveau des
nocicepteurs de premier ordre (5). Finalement,
l’oxcarbazépine aurait aussi une activité dopaminergique qui pourrait lui
conférer un certain effet anti-dépresseur (8).
Pharmacocinétique :
Les principaux
paramètres pharmacocinétiques sont énumérés dans le tableau I.
Tableau I : Les principaux paramètres
pharmacocinétiques de l’oxcarbazépine(2,9) .
|
Absorption |
Complète (non
affectée par la nourriture) |
|
Liaison aux protéines (MHD) |
40% en particulier à
l’albumine |
|
Distribution |
Volume de
distribution (Vd) = 49 L |
|
Pic d’action ( Tmax
) |
4,5 heures |
|
Demi-vie (T1/2)
|
2 heures (molécule
mère) |
|
|
9 heures (métabolite)
|
|
Métabolisme |
Réduction par les
enzymes cytosoliques du foie pour la transformation en MHD, le MHD subit
ensuite une glucuroconjugaison |
|
Élimination |
Dans les urines
(95%) et selles (4 %) |
Depuis sa commercialisation, de plus en plus de
publications sur l’oxcarbazépine dans le soulagement de la douleur neurologique
sont rapportées et démontrent son efficacité potentielle. Plusieurs syndromes
de douleur neurologique ont été étudiés, tels que la névralgie du trijumeau, la
neuropathie diabétique, la douleur post-herpétique, la douleur neurologique
autre et réfractaire de même que la douleur neurologique cancéreuse.
Une
série d’études ouvertes ont démontré l’efficacité de l’oxcarbazépine pour
pallier à la douleur associée à la névralgie du trijumeau. Dans la plupart des
cas, le soulagement se faisait ressentir dans les 24 à 48 heures suivant le
début du traitement à l’oxcarbazépine. Une première étude double-insu et
comparative incluant 15 patients a étudié l’efficacité de l’oxcarbazépine (900
à 2100 mg/jour) et de la carbamazépine (400 à 1200 mg/jour) (9). Les
auteurs ont rapporté un effet analgésique comparable entre les deux traitements
chez 80% des patients, menant à la conclusion que l’oxcarbazépine est une
alternative intéressante à la carbamazépine dans le traitement de la névralgie
du trijumeau. Cette conclusion a été confirmée par les résultats de trois
études subséquentes multicentriques, comparatives, randomisées et effectuées en
double-aveugle (11). En effet, les résultats ont tous démontré une efficacité
de l’oxcarbazepine comparable à celle de la carbamazépine dans le soulagement
de la douleur et dans la diminution des attaques de douleur. De plus, moins
d’effets indésirables sont survenus avec l’oxcarbazépine qu’avec la
carbamazépine (11).
Une
étude ouverte a évalué l’efficacité de l’oxcarbazépine chez 18 sujets ayant un
syndrome douloureux régional complexe réfractaire au gabapentin. Environ 33%
des patients ont démontré une bonne réponse à l’oxcarbazépine et 39% une
excellente réponse. L’oxcarbazépine était bien toléré à des doses entre 150 et
2000 mg par jour et il y a eu des effets indésirables de type nausées,
céphalées et constipation chez seulement 22% des sujets (14). Une
autre étude incluant 18 patients présentant une douleur radiculaire réfractaire
au gabapentin a rapporté une réponse bonne à excellente chez 83% des sujets
après l’introduction de l’oxcarbazépine (150 à 900 mg/jour). Plus
particulièrement, il y a eu un soulagement marqué de la douleur en présence de
sensation de brûlure et d’allodynie. L’oxcarbazépine a été bien tolérée et ses
principaux effets indésirables étaient des vertiges, des céphalées et des
nausées (15). Finalement, une autre étude a évalué son efficacité
dans la douleur d’origine centrale secondaire à une atteinte de la moelle
épinière. L’oxcarbazépine (900-1500 mg/jour) a soulagé modérément la douleur
chez 58% des patients et chez 100% des patients présentant de l’allodynie. Deux
rapports de cas présentant des patients dépendants aux opioïdes ont rapporté
une diminution de la cote de VAS de plus de 50% avec une diminution importante
des doses d’opioïdes chez un patient et un arrêt complet des opioïdes chez
l’autre (16). Bref, l’oxcarbazépine semble être un traitement
bénéfique dans la douleur
neurologique
de diverses origines, particulièrement en présence d’allodynie (17).
Douleur
neurologique d’origine cancéreuse
Une étude effectuée chez 20 sujets cancéreux prenant des opioïdes a
évalué l’efficacité de l’oxcarbazépine en comparaison avec l’amitriptyline
(doses inconnues) (18). Les résultats ont démontré un contrôle de la
douleur semblable dans les deux groupes avec une incidence d’effets
indésirables moins importante dans le groupe de l’oxcarbazépine. En outre, les
auteurs ont mesuré l’incidence des symptômes de sevrage reliés à la diminution
progressive des opioïdes tout au long des six mois de l’étude. Il y a eu moins
de symptômes de sevrage aux opioïdes dans le groupe de l’oxcarbazépine que dans
le groupe de l’amitriptyline. C’est par une inhibition de la libération du
glutamate que l’oxcarbazépine pourrait atténuer la sévérité des symptômes de
sevrage aux opioïdes. Ces résultats nous poussent à croire que l’oxcarbazépine
pourrait apporter un soulagement additionnel aux opioïdes dans la douleur
neurologique d’origine cancéreuse. Par contre, d’autres études s’avèrent
nécessaires pour appuyer ces résultats.
Avantages de l’oxcarbazépine par rapport à la
carbamazépine :
L’oxcarbazépine offre plusieurs avantages par rapport à la
carbamazépine. Tout d’abord, aucun monitorage des concentrations plasmatiques
de l’oxcarbazépine n’est nécessaire. De plus, elle possède une
pharmacocinétique linéaire sans induire
son propre métabolisme et il y a beaucoup moins d’interactions
médicamenteuses (voir section interactions médicamenteuses). L’oxcarbazépine
entraîne moins d’effets indésirables que la carbamazépine (voir section effets
indésirables). Entre autres, contrairement à la carbamazépine, elle n’est pas
associée à des réactions idiosyncrasiques au niveau hématologique et hépatique (19).
Par surcroît, sa posologie biquotidienne et sa prise sans égard à la nourriture
en font une molécule à privilégier par rapport à la carbamazépine (2,9).
Effets
indésirables :
|
Effets indésirables |
Incidence (%) |
|
Vertiges |
22 à 49 |
|
Diplopie |
14 à 40 |
|
Somnolence |
20 à 36 |
|
Vomissements |
7 à 36 |
|
Céphalées |
13 à 32 |
|
Ataxie |
5 à 31 |
|
Nausées |
15 à 29 |
|
Nystagmus |
7 à 26 |
|
Tremblements |
3 à 16 |
|
Fatigue |
12 à 15 |
|
Vision anormale |
4 à 14 |
|
Douleur abdominale |
10 à 13 |
|
Diarrhée |
5 à 7 |
|
Faiblesse |
3 à 6 |
|
Rash |
4 |
|
Douleur dorsale |
1 à 4 |
Interactions médicamenteuses:
On a démontré que de puissants inducteurs du
cytochrome P450 (CYP), par exemple la carbamazépine, la phénytoïne et le
phénobarbital diminuent les concentrations plasmatiques du MHD jusqu’à un
maximum de 40% (3). La prise de verapamil peut aussi diminuer les
concentrations plasmatiques du MHD de 20% par un mécanisme inconnu.
L’oxcarbazépine est un inducteur modéré du CYP 3A4. En conséquence, il augmente
le métabolisme des contraceptifs oraux, venant altérer leur efficacité. De
plus, l’oxcarbazépine et son métabolite inhibe le CYP 2C19 (2). On pourrait donc observer des interactions
lors de l’administration de fortes doses d’oxcarbazépine et de médicaments
métabolisés par cette isoenzyme. En effet, il peut y avoir une augmentation des
taux plasmatiques de la phénytoïne de 40% et du phénobarbital de 14% lors de
l’administration de fortes doses d’oxcarbazépine (2,3).
Posologie et administration :
La
dose de départ d’oxcarbazépine recommandée pour le traitement de l’épilepsie
chez l’adulte est de 600 mg/jour, soit 300 mg deux fois par jour, aux 12 heures
de préférence. Par la suite, la dose peut être augmentée par pallier de 600
mg/jour aux semaines, pour atteindre une dose quotidienne de 1200 mg/jour. La
dose maximale est de 2400 mg/jour mais cette dose semble être difficile à
tolérer en raison des effets indésirables sur le système nerveux central. Chez
l’enfant âgé de quatre à 16 ans, la dose initiale recommandée dans le traitement
de l’épilepsie est de 8 à 10 mg/kg/jour, avec un maximum de 600 mg/jour. Il est
suggéré d’augmenter de 5mg/kg/jour aux trois jours pour atteindre une dose
cible entre 18,5 et 48 mg/kg/jour, avec un maximum de 2100 mg/jour (2,9,23).
À travers les études sur les différents types de douleur neurologique, les
doses utilisées s’avèrent très variables mais la plupart présentent une dose
cible entre 600 mg et 1200 mg par jour. Certains patients présentant une
douleur réfractaire du trijumeau peuvent nécessiter une dose allant jusqu’à
2400 mg/jour (2,9).
Puisque l’oxcarbazépine et son métabolite sont
éliminés par voie rénale, un ajustement posologique est nécessaire lors
d’atteinte rénale. En présence d’une clairance de la créatinine inférieure à 30
mL/min, l’administration de l’oxcarbazépine doit être entreprise à la moitié de
la dose initiale habituelle. La dose peut ensuite être augmentée graduellement,
en allongeant l’intervalle entre les changements de doses et ce, jusqu’à
l’obtention de la réponse clinique désirée (2,9).
Des comprimés de 150 mg, 300 mg et 600 mg sont disponibles sur le marché de même qu’une suspension de 300 mg/5 mL. L’oxcarbazépine se retrouve sur la liste des médicaments d’exception de la Régie d’Assurance Maladie du Québec (RAMQ) et est remboursé pour le traitement de l’épilepsie ou pour d’autres indications lors d’échec, de contre-indication ou d’intolérance à la carbamazépine. Selon la liste de la RAMQ, une prise quotidienne d’oxcarbazépine de 1200 mg/jour coûte environ 6 $.
Le
changement de la carbamazépine vers l’oxcarbazépine a été étudié chez des
patients souffrant d’épilepsie.
Pour
des doses inférieures à 800 mg/jour de carbamazépine une dose d’oxcarbazépine
de 10 à 20% plus élevée (ratio 1:1,1 à 1:1,2) est souvent suffisante et les
doses seront optimisées par la suite. Si les doses de carbamazépine sont entre
800 et 1000 mg/jour, il faut donner 50% de plus d’oxcarbazépine (ratio 1:1,5).
Avec des doses supérieures à 1000 mg/jour de carbamazépine, il faut donner 20 à
40% de plus d’oxcarbazépine (ratio 1:1,2 à 1:1,4) en raison de l’auto-induction
du métabolisme de la carbamazépine (3).
Conclusion :
Jusqu’à
maintenant, les études portant sur l’oxcarbazépine dans le soulagement de la
douleur neurologique ont rapporté globalement des résultats positifs et
prometteurs avec des doses entre 600 mg et 1200 mg. Cependant, d’autres études
randomisées et comparatives devront être effectuées chez un plus grand nombre
de sujets afin de confirmer son efficacité. Il semble se dégager une tendance
positive dans le soulagement des patients souffrant particulièrement
d’allodynie. Toutefois, des études spécifiques seraient nécessaires avant de
tirer une conclusion. Son profil d’effets indésirables est avantageux
comparativement à la carbamazépine et aux autres anticonvulsivants de la
première et deuxième génération. Toutefois, l’hyponatrémie incite à la prudence
chez les personnes âgées. Des études comparatives avec le gabapentin ou le
pregabalin médicaments utilisés dans les douleurs neurologiques, pourraient lui
conférer une place véritable dans l’algorithme de traitement.
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