Gestion des dysfonctions sexuelles
secondaires aux médicaments psychotropes
Les psychotropes susceptibles de causer des dysfonctions sexuelles sont les ISRS, la venlafaxine, les antidépresseurs tricycliques, les IMAO et les antipsychotiques. Ces médicaments perturbent la fonction sexuelle en stimulant les récepteurs sérotoninergiques de type 5-HT2, en bloquant les récepteurs dopaminergiques D2 et les récepteurs adrénergiques de type alpha-1, en bloquant l’effet de l’acétylcholine et en diminuant les taux d’oxyde nitrique. Certains antipsychotiques, comme les antipsychotiques de première génération et la rispéridone, peuvent aussi augmenter la prolactine, ce qui risque d’entraîner une baisse des niveaux d’hormones sexuelles.
Lorsqu’un patient se plaint de dysfonctions sexuelles secondaires aux psychotropes, différentes options sont envisageables selon la situation clinique. Dans un premier temps, on peut suggérer au patient d’attendre quelques semaines qu’une tolérance se développe. Celle-ci apparaît généralement en quatre à six semaines, mais peut prendre jusqu’à 12 semaines pour se développer. Si aucune tolérance ne se développe et que la condition du patient le permet, une diminution de la dose du médicament impliqué peut être tentée, les dysfonctions sexuelles étant dépendantes de la dose.
Une autre option est de suspendre la prise du médicament occasionnellement, les fins de semaine par exemple. Cette approche a démontré certains bénéfices pour renverser les dysfonctions sexuelles secondaires à la prise de sertraline et de paroxétine, mais est inefficace lorsque la fluoxétine est l’agent causal. Cette option est envisageable chez un nombre limité de patients puisqu’elle risque de compromettre l’observance et que des symptômes de sevrage peuvent parfois se développer.
Dans le cas des dysfonctions sexuelles secondaires aux antipsychotiques, cette approche n’a pas été étudiée et n’est pas suggérée. Une autre alternative possible consiste à changer d’agent. Dans le cas des antidépresseurs, le bupropion (augmente les taux de dopamine) et la mirtazapine (bloque les récepteurs 5-HT2) sont associés à une incidence plus faible de dysfonctions sexuelles et pourraient donc être substitués ou associés à l’antidépresseur du patient. Pour ce qui est des antipsychotiques, la clozapine, l’olanzapine et la quétiapine causeraient moins de dysfonctions sexuelles. Chez un même patient, il est également possible que deux antipsychotiques atypiques aient un profil d’effets indésirables sexuels différents.
Finalement, si aucune des options précédentes n’est applicable ni efficace, un traitement médicamenteux pour corriger les dysfonctions sexuelles peut être ajouté à la pharmacothérapie du patient.
L’emploi du sildénafil (50 à 100mg une heure avant la relation sexuelle) a démontré une efficacité chez les femmes et les hommes souffrant respectivement d’anorgasmie ou de troubles érectiles secondaires à la prise d’antidépresseurs ou d’antipsychotiques. Le sildénafil est surtout efficace pour corriger les aspects physiologiques des dysfonctions sexuelles, mais est beaucoup moins susceptible d’améliorer la libido. Aucune donnée concernant les autres inhibiteurs de la phosphodiestérase-5 n’est disponible jusqu’à maintenant.
Quelques études non contrôlées supportent l’efficacité du bupropion (150 à 300mg par jour ou 75 à 150mg une heure avant la relation sexuelle) chez les femmes et les hommes présentant une baisse de la libido, de l’excitation ou de l’anorgasmie secondaire à un ISRS ou à la venlafaxine. Les effets secondaires fréquemment associés au bupropion sont l’anxiété, les tremblements, la xérostomie et les céphalées. Ils conduisent à l’abandon du traitement chez 15 à 25% des patients. Aucune donnée n’est disponible concernant l’emploi du bupropion pour corriger les dysfonctions sexuelles dues aux antipsychotiques.
D’autres médicaments (buspirone, mirtazapine, dextroamphétamine, méthylphénidate, amantadine, cyproheptadine, yohimbine, granisétron, béthanéchol, néostigmine, loratadine) pourraient être utilisés pour corriger les dysfonctions sexuelles secondaires aux psychotropes, mais leur efficacité n’est soutenue que par un nombre limité de rapports de cas. Leur utilisation devrait donc se limiter aux cas réfractaires.
L’équipe du CIM
Références
1.Bezchlibnyk-Butler KZ, Jeffries JJ, Virani AS. Clinical Handbook of Psychotropic Drugs. 17e éd. Ashland (OH): Hogrefe & Huber Publishers; 2007.
2.Hirsch M, Birnbaum RJ. Sexual dysfunction associated with
selective serotonin reuptake inhibitor (SSRI) antidepressants. UpToDate
2007 [consulté le 12 décembre 2007]. Disponible : URL: www.uptodate.com
3.Kelly DL, Conley RR. Sexuality and
Schizophrenia : A Review. Schizophrenia Bulletin 2004;
30(4):767-79.
4.
5.Selective Serotonin Reuptake Inhibitor-Induced
Sexual Dysfunction (Drug Consult). Dans: Klasco RK (Ed): DRUGDEX® System.
Thomson Healthcare,
6.Rosen RC, Lane R, Menza M. Effects of SSRIs on
Sexual Functrion : A Critical Review. Journal of Clinical Psychopharmacology 1999;
19(1):67-85.
7.Villeneuve J, Demers M-F, Proulx I. Les dysfonctions sexuelles et les perturbations hormonales chez les personnes atteintes de schizophrénie. Département clinique de pharmacie de l’Institut universitaire Robert-Giffard. Bulletin d’information mai 2000; 17(1).