Une nouvelle option de traitement dans la prise en charge

des nausées et des vomissements induits par la chimiothérapie : l’aprépitant (EmendMD)

 

 

Information générale

L’aprépitant est un nouveau médicament ayant reçu l’avis de conformité de Santé Canada le 24 août 2007 et maintenant commercialisé sous le nom EmendMC. Il est indiqué pour la prévention des nausées et des vomissements (no/vo) aigus et retardés induits par la chimiothérapie en association avec un antiémétique de la classe des antagonistes des récepteurs de la 5-HT3 et avec la dexaméthasone. Deux teneurs sont présentement disponibles, soit 80 et 125 mg. (1)

 

Description

L’aprépitant est un antagoniste sélectif doté d’une grande affinité pour les récepteurs de la substance P/NK-1. Il traverse la barrière hémato-encéphalique et se fixe aux récepteurs de la neurokinine (NK-1) du cerveau antagonisant ainsi les effets de la substance P et inhibant ainsi les vomissements provoqués par les antinéoplasiques. (1,2)

 

Posologie

La posologie recommandée par voie orale est de 125 mg une heure avant la chimiothérapie le jour 1, suivie par 80 mg une fois par jour le matin des jours 2 et 3, toujours en combinaison avec un corticostéroïde et un antagoniste des récepteurs 5-HT3. (1,2)

 

Études d’efficacité

Une analyse de deux études randomisées de phase III a évalué l’efficacité de l’aprépitant en combinaison avec un antagoniste des récepteurs  5-HT3 et un corticostéroïde chez des patients recevant plus d’un agent de chimiothérapie à potentiel émétique. Les 1043 patients naïfs à la cisplatine recevaient la combinaison dexaméthasone et ondansetron avec ou sans aprépitant. La conclusion de cette analyse est que l’addition de l’aprépitant au traitement antiémétique standard chez les patients à risque élevé de no/vo induits par la chimiothérapie offre un meilleur contrôle des no/vo. Le pourcentage de réponse complète était de 59% dans le groupe aprépitant alors qu’il était de 26% dans le groupe contrôle. (3)

 

Une autre étude comparait une thérapie avec l’aprépitant, la dexaméthasone et l’ondansetron avec la thérapie usuelle d’ondansetron et dexaméthasone lors d’une chimiothérapie avec de hautes doses de cisplatine (>70 mg/m2). La conclusion était que le régime combinant l’aprépitant était supérieur pour le contrôle des no/vo aigus (réponse complète de 87,7% vs 79,3%) et retardés (réponse complète 74,1% vs 63,1%). Une réponse complète était définie par l’absence de vomissements et aucun recours à une médication de sauvetage. (4)

 

Pédiatrie

Il est à noter que l’aprépitant n’est pas officiellement indiqué chez les moins de 18 ans. Cependant, quelques rapports de cas chez des adolescents sont publiés dans la littérature. Deux rapports de cas décrivent une jeune fille de 16 ans et un jeune homme de 17 ans ayant subi beaucoup de no/vo durant leurs traitements de chimiothérapie. La prise de l’aprépitant aux doses adultes a augmenté de façon considérable la maîtrise des no/vo.

 

Un sous-groupe d’une étude randomisée en double-aveugle et contrôlée par placebo incluait 6 jeunes hommes de 12 à 17 ans recevant de la cisplatine et un autre agent. Ils ont observé que tous les adolescents ayant reçu l’aprépitant aux doses usuelles (en plus de la thérapie standard de dexaméthasone et d’ondansetron) ont présenté une réponse complète alors que seulement deux patients sur trois traités avec la thérapie standard ont eu une réponse complète. (5)

 

Effets indésirables

Les effets indésirables les plus fréquents associés à la prise de l’aprépitant sont la fatigue, la somnolence, les nausées, la diarrhée, la faiblesse musculaire et le hoquet. Des cas d’hypotension, d’étourdissement, d’élévation des enzymes hépatiques et de déshydratation ont également été rapportés. (1,2)

 

Interactions (1,2)

L’aprépitant est un substrat, un inhibiteur modéré et un inducteur du CYP3A4 et un inducteur du CYP2C9. Il devrait donc être administré avec prudence aux patients recevant un traitement concomitant avec des médicaments principalement métabolisés par le CYP3A4 et le CYP2C9. Les principaux médicaments susceptibles d’interagir avec l’aprépitant sont :

-         les inhibiteurs puissants et modérés du CYP3A4 (kétoconazole, itraconazole,
 clarithromycine, ritonavir, nelfinavir, diltiazem)

-         les puissants inducteurs du CYP3A4 (rifampine, carbamazépine, phénytoïne)

-         les subtrats du CYP2C9 (warfarine, tolbutamide, phénytoïne)

 

Chimiothérapie : le docetaxel, le paclitaxel, l’étoposide, l’irinotécan, l’ifosfamide, l’imatinib, la vinorelbine, la vinblastine sont des antinéoplasiques métabolisés par le CYP3A4. Dans les études cliniques, l’aprépitant a été administré en association avec l’étoposide, la vinorelbine, le docetaxel et le paclitaxel. Les doses n’ont pas été modifiées. Il est cependant recommandé d’user de prudence et de surveiller les patients plus attentivement, particulièrement ceux recevant la vinblastine, la vincristine et l’ifosfamide, ces molécules n’ayant pas été évaluées lors d’études cliniques. De plus, une augmentation des concentrations de dexaméthasone est observée lorsque celle-ci est administrée avec l’aprépitant. Les doses de dexaméthasone doivent donc être réduites d’environ 50%. (1)

 

Conclusion

L’aprépitant est une option très intéressante à ajouter à l’arsenal thérapeutique pour la prévention des no/vo induits par la chimiothérapie. Cependant, il faut demeurer prudent face aux différentes interactions possibles.

 

                                                                                                                      L’équipe du CIM

 

 

 

 

 

Références :

1.          Merck Frosst Canada Ltée. EmendMC, monographie de produit, [En ligne]. http://www.merckfrosst.ca/assets/fr/pdf/products/EMEND_1096-a_8_07-F.pdf (Page consultée le 23 octobre 2007).

2.          Up to date. Aprepitant , [En ligne]. http://www.uptodate.com (Page consultée le 23 octobre 2007).

3.          Gralla RJ, De Wit R, Herrstedt J et coll. Antiemetic efficacy of the neurokinin-1 antagonist, aprepitant, plus a 5HT3 antagonist and a corticosteroid in patients receiving anthracyclines or cyclophosphamide in addition to high-dose cisplatin: analysis of combined data from two Phase III randomized clinical trials. Cancer 2005; 104(4): 864-8.

4.          Schmoll HJ, Aapro MS, Poli-Bigelli S et coll. Comparison of an aprepitant regimen with a multiple-day ondansetron regimen, both with dexamethasone, for antiemetic efficacy in high-dose cisplatine treatment. Annals of Oncology 2006; 17(6):1000-6.

5.          Smith AR, Repka TL,  Weigel B. Brief report: Aprepitant for the Control of Chemotherapy Induced Nausea and Vomiting in Adolescents. Pediatr Blood Cancer 2005; 45: 857-60.