Acamprosate (CampralMD)

 

 

Information générale 1,7

L’acamprosate, destiné au maintien de l’abstinence chez les alcooliques, est disponible au Canada depuis 2007. Chaque comprimé à libération prolongée contient 333mg d’acamprosate et 33mg de calcium élémentaire. Le CampralMD n’est actuellement pas couvert par la RAMQ.

 

Description 1-3

Le mécanisme d’action de l’acamprosate n’est pas complètement élucidé. Il a une structure chimique similaire au GABA et agit donc comme agoniste de ces récepteurs et il antagonise l’effet du glutamate au niveau du système nerveux central. Ces deux effets lui permettent de restaurer l’équilibre entre ces deux neurotransmetteurs qui est perturbé chez les personnes dépendantes à l’alcool. Il diminuerait aussi l’activité des récepteurs NMDA et affecterait les canaux calciques au système nerveux central.

 

Indication et posologie selon la monographie canadienne 1-4

Chez l’adulte, l’acamprosate est indiqué dans le maintien de l’abstinence chez les patients souffrant d’une dépendance à l’alcool, pour diminuer l’incidence et la sévérité des rechutes. Il doit être combiné à une prise en charge du patient au niveau psychosocial. La posologie recommandée est de 2 comprimés de 333mg trois fois par jour, pour une durée d’un an. Une dose moindre (333mg trois fois par jour) pourrait être suffisante chez les patients de moins de 60kg. L’efficacité n’a pas été démontrée chez la population pédiatrique (<18 ans) et gériatrique (>65 ans); son utilisation chez ces populations n’est donc pas recommandée pour l’instant. Les patients doivent être sobres au moment d’initier le traitement et celui-ci doit être poursuivi si le patient rechute. Selon le jugement clinique, il pourrait être nécessaire d’avoir recours à une seconde désintoxication.

 

Pharmacocinétique 1-3

Absorption

La biodisponibilité absolue par voie orale est d’environ 11%. L’administration concomitante avec des aliments diminue la biodisponibilité de manière non significative.

Distribution

Le volume de distribution est d’environ 1L/kg. L’acamprosate se fixe peu aux protéines plasmatiques.

Excrétion

La demi-vie est de 20 à 33 heures. L’acamprosate est excrété à 100% dans les urines sous forme inchangée. Lorsque la clairance à la créatinine (Clcr) est de 30 à 50ml/min, il est recommandé d’ajuster la dose à 333mg trois fois par jour. Le médicament est contre-indiqué en cas d’insuffisance rénale sévère (Clcr<30ml/min). Aucun ajustement n’est nécessaire en cas d’insuffisance hépatique.

 

Grossesse et allaitement 1-3

L’innocuité chez la femme enceinte n’a pas été établie. Il faut donc évaluer les risques et bénéfices de l’alcool ou de l’acamprosate sur le fœtus en considérant le fait que des effets tératogènes ont été observés chez des animaux. L’acamprosate est contre-indiqué chez les femmes qui allaitent puisque le produit se retrouve dans le lait maternel des animaux et que l’excrétion dans le lait maternel est encore inconnue.

 

Effets indésirables 1,4

Le principal effet indésirable est la diarrhée (10 à 17%). Aucun cas de dépendance ou de tolérance au médicament n’a été rapporté lors des études cliniques et post-commercialisation. À noter que des tendances suicidaires et des suicides ont été rapportés lors du traitement par l’acamprosate. Cet effet indésirable était peu fréquent, mais rapporté plus souvent qu’avec le placebo.

 

Interactions 1-3

Aucune interaction avec les cytochromes n’est rapportée jusqu’à présent. Lors des études cliniques, l’acamprosate a été administré avec plusieurs classes de médicaments (antidépresseurs, anxiolytiques, hypnotiques, analgésiques non-opioïdes, etc.), sans problème apparent. L’administration concomitante d’acamprosate et de naltrexone entraîne une augmentation de 33% du Cmax et de 25% de l’ASC de l’acamprosate; aucun ajustement posologique n’a toutefois été proposé. La nourriture diminue la biodisponibilité du médicament, mais il est tout de même recommandé de prendre les doses aux repas (chez les patients consommant 3 repas par jour) afin de favoriser l’observance. Le fait de consommer de façon concomitante l’acamprosate et l’alcool n’affecte pas la pharmacocinétique des deux produits. Cependant, l’utilisation continue d’alcool pourrait diminuer l’effet de l’acamprosate.

 

Études d’efficacité 4,5

Une méta-analyse incluant 21 études randomisées a été publiée. Les résultats montrent que le traitement par l’acamprosate diminue significativement le risque de recommencer à boire de 84% comparativement au placebo. L’acamprosate augmente significativement le temps avant la première consommation et diminue significativement le risque relatif de rechute vers une consommation exagérée de 82% comparativement au placebo. Par contre, chez les patients non abstinents, l’acamprosate n’a pas eu d’effet significatif sur le risque de consommation excessive. La durée de traitement recommandée par l’acamprosate est de un an. Des études ont continué de suivre les patients pendant six à 12 mois après l’arrêt du traitement. Celles-ci ont montré que le taux d’abstinence peut diminuer à l’arrêt du traitement, mais qu’il demeure tout de même plus élevé qu’avec le placebo.

 

En pratique… 4-6

L’acamprosate et le naltrexone (ReViaMD) sont les deux molécules disponibles sur le marché pour venir en aide aux patients alcooliques. Elles agissent différemment et peuvent être utiles chez différents patients.  Le naltrexone agit en se liant de façon compétitive aux récepteurs opioïdes, ce qui diminue le plaisir de consommer. Il a donc sa place lorsque le patient ne peut s’abstenir de boire complètement ou lors d’échecs multiples au sevrage, puisqu’il prévient la consommation excessive. Il est par contre peu utile s’il n’y a pas de consommation d’alcool. L’acamprosate pourrait alors s’avérer un meilleur choix, car il agit en diminuant l’hyperexcitabilité induite par le sevrage d’alcool.

 

 

L’équipe du CIM

 

 

Références

1.       Compendium of Pharmaceuticals and Specialties. Acamprosate, [En ligne]. www.therapeutics.ca (Page consultée le 23 janvier 2008).

2.       Prempharm. Monographie de l’acamprosate (CampralMD). Etobicoke, Ontario; mars 2007.

3.       Uptodate. Acamprosate, [En ligne]. www.utdol.com (Page consultée le 29 janvier 2008).

4.       Micromedex Healthcare Series. Acamprosate, [En ligne]. www.thomsonhc.com (Page consultée le 29 janvier 2008).

5.       Forest Laboratories. CampralMD, [En ligne]. www.campral.com (Page consultée le 23 janvier 2008)

6.       Rösner S, Leucht S, Lehert P, et coll. Acamprosate supports abstinence, Naltrexone prevents excessive drinking : evidence from a meta-analysis with unreported uncomes. J Psychopharmacol 2008; 22:11-23.

7.       Régie de l’assurance maladie du Québec. Liste de médicament, [En ligne]. www.ramq.gouv.qc.ca (Page consultée le 23 janvier 2008).