L’ostéonécrose de la mâchoire et les biphosphonates

 

Les biphosphonates sont des analogues du pyrophosphate capables de se lier à l’os et d’inhiber la résorption osseuse. Outre leurs effets secondaires digestifs ou oculaires, des toxicités osseuses ont été rapportées suite à leur utilisation. Le premier cas d’ostéonécrose de la mâchoire ayant été associé à la prise d’un biphosphonate a été publié en 2003, mais plusieurs autres s’y sont ajoutés depuis. Plusieurs hypothèses sont proposées pour expliquer cet effet. Les plus acceptées sont l’inhibition importante du remodelage osseux et de l’angiogénèse de l’os de la mâchoire.  Le remodelage osseux est en effet essentiel à la survie de l’os et il est augmenté suite à un stress physiologique, une infection ou une extraction dentaire. L’ostéonécrose de la mâchoire peut apparaître lorsque l’os est incapable de répondre à  cette augmentation.

 

La douleur et l’inconfort buccal sont souvent les premiers symptômes ressentis. Au diagnostic, une ulcération de la muqueuse et une partie de l’os peuvent être visibles, avec ou sans écoulements. La douleur, qui peut être absente, semble surtout être secondaire à l’infection ou au traumatisme des tissus environnants.

 

Un traumatisme dentaire (ex. : extraction, pose d’implant) serait le principal facteur de risque de développer une ostéonécrose de la mâchoire avec les biphosphonates. L’incidence globale d’ostéonécrose est estimée à 0,034%. Elle atteint par contre 0.8 à 12% avec le pamidronate ou le zolédronate intraveineux. La présence d’un groupement azoté sur ces molécules expliquerait ce risque plus important. Bien que beaucoup moins fréquents, des rapports de cas impliquent les autres biphosphonates tels que l’alendronate et le risédronate. Les pathologies fréquemment associées avec cette complication sont le myélome multiple et le cancer du sein, puisqu’elles seraient associées à une utilisation accrue de biphosphonates intraveineux. D’autres facteurs de risque ont aussi été identifiés, par exemple : l’utilisation de corticostéroïdes ou de chimiothérapie, le diabète, le tabac, l’abus d’alcool et une pauvre hygiène buccale. Cependant, des cas spontanés sans facteurs précipitants ont aussi été rapportés. Il est donc impossible de prédire avec certitude quels patients présenteront ce problème.

 

Lorsqu’une ostéonécrose de la mâchoire est suspectée, une radiographie et un prélèvement microbiologique devraient être effectués. Selon la gravité de l’atteinte, le patient sera traité au moyen de gargarisme ou d’antibiotiques oraux. Malgré cela, la guérison peut être incomplète chez plusieurs patients. L’utilisation d’un traitement chirurgical devrait être réservé aux cas sévères, puisque la région osseuse nécrosée est difficile à circonscrire. Vu la difficulté à traiter ce type d’atteinte, la prévention prend une place importante. Ainsi, avant d’initier un traitement avec les biphosphonates chez un patient à risque, une radiographie et un examen dentaire complet sont nécessaires. Le patient ne devrait pas non plus avoir d’intervention dentaire majeure prévue pendant son traitement. Les avis diffèrent concernant l’arrêt des biphosphonates avant une telle intervention. Il n’existe aucune preuve que cette mesure aide à prévenir l’apparition du problème. Des cas d’ostéonécrose ont en effet été rapportés après l’arrêt des biphosphonates, témoignant de leur liaison prolongée à l’os.  

 

Références 

  1. Hewitt C, Farah CS. Review article: Biphosphonate-related osteonecrosis of the jaws: a comprehensive review. J Oral Pathol Med 2007; 36: 319-28
  2. Lam DK, Sandor GKB, Holmes HI et coll. A review of biphosphonate-associated osteonecrosis of the jaws and its management. JCDA 2007; juin 73 (5): 417-22

L’équipe du CIM